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1921

Le 4 janvier, j'ai été à Beylerbey avec un camarade.

Le 9, j'ai été voir mon frère à l'hôpital de Yédikoulé.

Du 12 au 21 janvier, l'école a fermé pour les fêtes de Noël et du Nouvel An.

Le 13, je suis retourné à Beylerbey avec mon ami.

Le 14, ma mère et ma soeur sont revenues d'Adabazar. J'ai été les voir, puis j'ai été me promener.

Le 17, nous sommes retournés à Beylerbey où nous avions été faire prendre nos mesures pour un costume. Nos vêtements étaient enfin prêts.

Le 18, j'ai été voir mon frère à l'hôpital.

Le 19, j'ai été àKoumkapou et à Yénikapou voir les jeux des Grecs qui plongeaient dans la mer. Puis j'ai été chercher mon frère et l'ai envoyé chez maman où je les ai rejoints dans la soirée. J'ai couché chez maman.

Le 27 janvier, les examens ont commencé.

Le 3 février, j'ai appris que ma tante Makrouhie allait rendre visite à ma mère.

Le 5 février, j'ai été voir ma tante, j'étais très heureux. Elle devait retourner le 7 à Adabazar.

Le 21 février, j'ai été à l'hôpital de la Croix-Rouge car je souffrais d'hémorroïdes depuis huit jours. Le lendemain, les médecins m'ont endormi au chloroforme et m'ont opéré.

Le 25 février, comme j'allais mieux, je suis sorti de l'hôpital.

Le 26 février, je suis retourné à l'école. Mais le 28, je n'ai pas pu y aller car je souffrais de nouveau.

A partir du 9 mars, nous avons eu quelques jours de congé pour la mi-carême. Il y eut une fête à l'amphithéâtre de l'école. J'ai récité un poème d'Aharonian.

Le 12 mars, j'ai passé la nuit chez ma mère. L'école a repris le 15 mars.

Le 28 mars, nous avons commencé à passer nos trois examens qui ont duré jusqu'au 2 avril.

Le 3 avril, j'ai été voir mon frère à l'hôpital, ma mère et ma soeur y étaient également.

A partir du 7 avril, le professeur Apérian a commencé à nous donner des cours sur l'Arménie, deux fois par semaine.

Le 15 avril, ma classe et la classe de 5ème sommes allés voir un match de football à Kaathané. Le soir, avec trois de mes camarades, nous nous sommes séparés des autres pour aller nous baigner à la Corne d'Or. Puis nous sommes revenus à Péra.

Le samedi 16 avril j'ai été à Ortakoy chez maman, j'y suis resté le soir et je suis rentré le dimanche.

Le 21 avril au soir, le professeur Apérian nous a fait son sixième exposé.

Le 23 au soir, il y eut une fête à l'école, puis ce furent les vacances de Pâques.

Le 24 avril, dimanche des Rameaux, j'ai été voir mon frère, et le dimanche suivant également.

Le 4 mai, réouverture de l'école.

Le 21 mai, toute l'école est allée en promenade en bateau jusqu'à Uskudar, d'où nous avons marché pendant une heure vers Tchamloudja, nous nous sommes arrêtés à Kutchug-Tchamloudja, où nous nous sommes amusés. Nous sommes rentrés à six heures du soir. Je suis ressorti pour aller voir ma mère à Ortakoy. Je suis rentré en taxi le lendemain matin, et , jusqu'au soir, nous avons vendu des cocardes, de Péra à Guédig Pacha et Koumkapou, au profit de l'Association des Dames du Tebrotsaser.

Le 26 mai, l'école a fermé en vue des révisions pour les examens qui commençaient le 30 mai.

Le 1er juin, nous avons reçu la visite d'un haut-commissaire français, le Commandant Pellé. L'après-midi, nous sommes allés visiter le navire King Alexander.

Le 11 juin, j'ai été voir ma mère, et le lendemain matin mon frère. J'y suis retourné le 16.

Le vendredi 17 juin, les examens se sont terminés.

Le 21 juin, j'ai déménagé de Féridié à l'orphelinat Yessayan de Taksim, seulement pour y coucher. L'après-midi, j'ai loué une voiture pour aider maman à déménager à Béchigtach.

Le vendredi 8 juillet, j'ai été à Péra, au skating, où devait avoir lieu la fête de fin d'année du collège Yessayan, sous la présidence du Patriarche. L'après-midi, à la baignade, j'ai encore failli me noyer.

Le 12 juillet, nous sommes allés camper dans l'île de Heybéli (Halki) avec les orphelins de Yessayan. Après une demi-heure de marche dans l'île, nous sommes arrivés dans une forêt où nous avons dressé nos tentes. Nous sommes restés sept jours dans cette île à nous baigner et nous promener. Nous avons rencontré des scouts grecs et arméniens, dirigés par un Anglais qui nous a fait participer à une course. Nous avons fait le tour de l'île en une heure et demi. Nous avons aussi escaladé les deux hauts sommets de l'île, nous sommes montés dans une tour en ruine tout en haut. Les deux derniers jours, j'étais fatigué. Nous avons quitté Heybéli le 19 juillet.

A peine rentré, j'ai été voir ma mère. Elle avait reçu une lettre de ma tante, dont nous étions sans nouvelles depuis plusieurs semaines. Ma tante et ses proches étaient à l'île de Lemnos, car les soldats grecs s'étaient retirés d'Adabazar et d'Izmit, et la population avait été déportée pouir la seconde fois.

Le 26 juillet, ma mère m'a confié un kilim à vendre. Arrivé au marché, j'ai été arrêté par les gendarmes qui m'ont pris pour un voleur. J'ai été conduit à la gendarmerie d'Eminoynu et jeté en prison. Le soir, j'ai été transféré à la prison de Bechigtach. Le lendemain enfin, on m'a emmené à la gendarmerie principale où j'ai été interrogé et pu expliquer que maman avait été rechercher nos affaires à Adabazar. J'ai fini par être libéré.

Le 31 juillet, j'ai été à Kadikoy chez mon ami Guiragossian qui m'avait demandé d'être le parrain de son fils. Le baptême a eu lieu l'après-midi à l'église. Je suis rentré le soir à dix heures et demi.

Le 7 août, à l'occasion de "Vartavar", nous sommes allés à Beykoz vendre des décorations au profit de l'école des dames de Tebrotsasser.

Le lendemain, nous sommes allés au cimetière de Chichli fleurir les tombes.

Le 3 septembre, j'ai rencontré deux camarades d'Adabazar que je n'avais pas vus depuis deux ans. Ils s'étaient enfuis à la suite des massacres d'Izmit. Nous sommes allés nous baigner à Koumkapou, puis je suis revenu à Galata.

J'ai profité des vacances pour apprendre à jouer de la mandoline tout seul. Je fais des progrès.

Le 12 septembre, lundi matin, c'était la rentrée des classes. A six heures du soir, après les cours, j'ai voulu faire un tour à Tchakmakdjelar. Il y avait un attroupement à l'entrée d'une rue, j'ai demandé ce qui se passait, on m'a dit que c'était un jour de deuil pour les Persans et qu'ils allaient le commémorer. J'ai attendu un peu et j'ai vu le défilé.

En tête venaient une vingtaine de porte-drapeaux vêtus de noir. Sur les drapeaux noirs étaient inscrit: "Ya hassan, ya Hussein!" Aussitôt les gendarmes écartèrent la foule pour leur laisser le passage. Les hampes des drapeaux étaient surmontées d'une main métallique. Puis vinrent trois chameaux couverts de noir, avec un tulle vert au cou, et un enfant de chaque côté. Les chameliers portaient des casques à pointe. Ils étaient suivis de deux rangées de porteurs de chaînes vêtus de noir, le dos nu. Une musique se faisait entendre, et, suivant le rythme de cet air, ces Persans se frappaient le dos avec leurs chaînes. Une dizaine d'autres les suivaient, qui se frappaient la poitrine jusqu'au sang. Derrière eux arrivèrent les porte-flambeaux. Ensuite la fanfare, avec ses tambours, ses trompettes, ses clarinettes, ses trombones, etc... Ces musiciens jouaient un hymne si triste et émouvant que nous avions tous les larmes aux yeux. Une cinquantaine de Persans non musiciens les suivaient. Ils étaient vêtus de blanc et avaient la tête rasée. Tout en chantant "ya Hassan, ya Hussein" ils se donnaient en cadence des coups d'épée sur la tête. En voyant le sang couler, je me suis dit: quelle étrange coutume ! Ils avaient la figure en sang. Je les ai suivis husque Tchakmakdjelar. La foule devenait de plus en plus dense. Quand ils sont arrivés à Validé-Han, je suis rentré à Galata.

 

Le 21 septembre, l'école a fermé pour la fête de la Sainte Vierge. L'après-midi, à trois heures, j'ai été à l'église de la Trinité, à l'enterrement d'un lutteur arménien, Akhoyan. Il avait combattu trois jours auparavant contre un boxeur américain et était tombé sans connaissance sous les coups de son adversaire. Il avait été transporté à l'hôpital et avait succombé le soir-même.

Aujourd'hui, l'église était pleine. Après la messe, le cortège s'est dirigé vers le cimetière, accompagné de la fanfare. Il y avait une vingtaine de gerbes, dont une de notre collège. Les scouts assuraient le service d'ordre. Autour de la tombe, des personnalités ont prononcé des discours en arménien et en français. Il a plu pendant toute la durée du service.

 

Le 27 septembre, ma mère s'est remariée avec un Arménien natif de Van.

Le 12 octobre, ma mère est venue me chercher à l'école. Je l'ai accompagnée chez le docteur Aghatchanian, car elle avait les nerfs malades et souffrait des jambes depuis l'an dernier. Après la consultation, je suis rentré à Galata et maman à Khaskoy, où elle demeurait à présent.

Le 26 octobre, nous sommes retournés chez le médecin.

Le dimanche suivant, j'ai été voir mon frère à l'orphelinat.

Le 23 novembre, j'ai été voir ma mère.

Le 26 novembre, Onnig est venu me chercher à l'école, et nous sommes allés ensemble voir maman. Nous avons passé la nuit chez elle.

Le lendemain soir, j'ai été à un récital de poésie.

Le 22 décembre, l'école était fermée. J'ai été avec ma mère et ma soeur voir une connaissance à Eyub Sultan.

 

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suite : 1922