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1920

Le 10 janvier, mon frère est sorti de l'orphelinat car ma mère voulait le reprendre avec elle à Adabazar. Des amis l'ont mis dans le train. J'ai passé les dimanches suivants à aller voir d'anciens amis de l'orphelinat.

Le 26 janvier, j'ai été à un concert. Il y avait une chorale mixte de 250 personnes.

Le 1er février, j'ai appris la proclamation de la République arménienne. Je me trouvais à l'hôpital car le docteur de l'école m'ayant consulté avait constaté que j'avais la grippe. Je ne suis resté que cinq jours à l'hôpital.

Le 7 février, je suis retourné à l'école.

Le 12 février eut lieu un concert donné par les élèves.

Le 22,mi-carême j'ai été voir des amis à Osman-Bey et à Béchigtash.

Le 25 février, le bureau de bienfaisance a accordé une paire de chaussures à chaque orphelin. Nous avions adressé une lettre demandant également des vêtements et des livres, mais nous n'en avons pas reçu.

Le 27 février, j'ai reçu la visite de ma tante Makrouhie. Elle était venue d'Adabazar pour se faire opérer. Le surlendemain j'ai été la voir à l'hôpital de Chichli. J'y suis retourné de nouveau le 7 mars, après avoir passé la matinée avec des amis.

Le 15 mars devaient avoir lieu les examens scolaires mais l'école fut fermée car il y avait des troubles.

Nous avons appris que les Anglais contrôlaient les gendarmeries et autres lieux, car il y avait eu une vingtaine de morts.

Ma tante était sortie de l'hôpital et s'était réfugiée chez une amie.

Le 18 mars, les cours reprirent. Les examens ont duré trois jours. Le trafic maritime était interrompu et ma tante a dû rester à Taksim, puis elle prolongea son séjour.

Je suis retourné la voir le 28, puis le 4 avril pour la fête des Rameaux. Elle avait entendu dire que les Nationalistes occupaient notre ville. Je n'avais pas reçu de courrier de ma mère depuis longtemps. Ma tante se faisait beaucoup de souci pour notre famille, car le trafic était toujours suspendu. Le 7 avril commencèrent les vacances de Pâques. J'ai été voir un ami à l'hôpital de Yédikoulé.

Le 10 avril, j'ai été à l'église de Kadikeuy où j'avais mes amis de l'orphelinat. L'abbé Tourian nous a informés que dans les campagnes et principalement en Cilicie, de graves événements se déroulaient et que les autorités ecclésiastiques avaient décidé de ne plus célébrer la messe.

Le 11 avril, jour de Pâques, j'ai été voir des amis et,le lendemain, ma tante à Taksim. Nous sommes allés au cimetière de Chichli.

Les cours reprirent le 14 avril. Le 29 avril, le directeur de l'école organisa une promenade, toute la journée.

Dès que j'avais une journée de libre, j'allais voir des amis, ou ma tante.

Le 16 mai, nous étions ensemble au cimetière de Chichli pour l'enterrement du musicien Sévoumian. Puis nous sommes passés à l'orphelinat Karagueusian de Chichli et je l'ai raccompagnée à Taksim pour la dernière fois, car elle allait repartir à Adabazar.

Le 22 mai, j'ai enfin reçu une lettre de ma mère datant d'il y a trois semaines. J'étais heureux car j'étais sans nouvelles depuis deux mois et demi. Peu après, toutes les voies de communication furent coupées.

Le 28 mai était l'anniversaire de la République arménienne. L'école resta fermée pendant deux jours.

Le 30 mai, les églises furent réouvertes. Il y eut des drapeaux partout.

Du 1er au 14 juin, eurent lieu les examens de fin d'année. Le 15 juin, le directeur de l'école avait organisé un voyage en bateau à la Grande Ile. Nous étions six élèves de ma classe à y participer. Nous avons visité l'île, nous nous sommes baignés à trois reprises, nous sommes montés au sommet d'une colline, enfin ce fut une journée merveilleuse. Nous avons repris le bateau et ne sommes rentrés que le lendemain matin.

Après cette excursion, je décidai de suivre les cours le matin et d'aller me baigner les après-midi. Dès le lendemain, avec un ami, nous sommes allés à pied à Koumkapou et nous nous sommes baignés dans la mer, une demi-heure. Puis, nous sommes retournés à l'école.

Le 20 juin, au gymnase de Taksim, eut lieu la fête des scouts. Les jours suivants, je suis retourné me baigner avec mon ami.

Le 25, eut lieu la distribution des livrets scolaires. Etant très faible en français, je dus passer un autre examen.

Le dimanche 27, j'ai été voir des concitoyens à Pangalti et j'ai appris le décès de mon grand-père, malade et alité depuis plusieurs semaines. Je n'avais reçu aucune lettre d'Adabazar, car la ville était envahie par les Nationalistes.

J'ai été ensuite faire un tour dans la salle de réunion des protestants, puis à Makri où devait avoir lieu une course de chevaux. L'entrée coûtait 40 piastres.

J'allais tous les jours nager à Koumkapou.

Le 2 juillet, dans la salle des fêtes de l'église arménienne de Galata, nous avons assité à un exposé de Monsieur Khadissian, professeur en Arménie, arrivé à Constantinople depuis le 26 juin. Il nous donna des nouvelles de notre patrie. Etaient présents les représentants des églises catholiques, protestantes et grégoriennes, ainsi que le Patriarche et les députés arméniens. Le professeur Khadissian nous informa qu'il avait reçu plusieurs télégrammes de Monsieur Aharonian et qu'il devait se rendre à Paris dès le lendemain pour des négociations très importantes dans le domaine politique.

Les jours suivants, j'ai été régulièrement voir mes amis et me baigner.

Le 11 juillet, j'ai été pour la première fois à Uskudar avec mon ami Stepan Pirichian.

Le 14 juillet, j'ai été au stade de Taksim où les Français donnaient une grande fête. Le soir, nous sommes allés avec un camarade d'école et un ami du restaurant, Stepan Nalbandian, à Péra, où les réjouissances devaient se poursuivre. Stepan nous a emmenés nous coucher sur le toit de sa maison.

Le 21 juillet, j'ai assisté à une réunion que des jeunes Arméniens et Grecs d'Adabazar avaient organisée à la suite des massacres perpétrés par les Nationalistes parmi les Chrétiens. Le but des manifestants était de prendre des mesures pour éviter de tels drames.

Le lendemain soir, je lus dans "Les Dernières Nouvelles" que les Nationalistes, à Adabazar, avaient tué des jeunes et déporté des familles entières. Ces informations me bouleversèrent.

Le 1er août, dans l'amphithéâtre de notre collège, eut lieu la commémoration de la mort de Mourat le Brave, de Sébaste. Aussitôt après, les natifs de cette ville ont tenu leur assemblée. Quant à moi, j'ai repris mes occupations habituelles. Ce jour-là, mon ami Nalbandian s'est fait voler son portefeuille qui contenait 23 L.T. et des papiers importants. Nous sommes rentrés tard de la baignade et avons dû coucher de nouveau sur son toit.

Le 2 août, j'ai été à l'orphelinat d'Arnavoutköy voir mon ami Garabed Mouradian qui avait transféré de Yédikoulé. J'ai été heureux de le revoir, je ne l'avais pas vu depuis si longtemps.

Le soir, j'ai lu dans le journal qu'Adabazar avait été libéré, je m'en réjouis.

Toutefois, le 11 août, j'ai lu qu'en date du 6 août les Nationalistes avaient massacré des Chrétiens de Sardoghan, situé à une heure d'Adabazar, et qu'ils avaient semé la terreur dans notre ville même. Tristes nouvelles.

Le 15 août, avec deux amis du restaurant, nous sommes allés à Buyukada, en bateau. J'ai failli me noyer. Je suis rentré le soir à l'école.

Le 18 août, je me suis inscrit à la chorale de Komitas.

Le 22 août, nous avons fait une croisière dans les îles, où nous avons passé la journée. Cette nuit-là, j'ai dormi sur une des tables du restaurant. J'ai passé le reste des vacances en promenades et baignades.

La rentrée des classes eut lieu le 13 septembre. J'ai été admis en 4ème année, car j'avais réussi mon épreuve de français.

Le 20 septembre, ma mère est arrivée d'Izmit, avec mon frère. Quelle joie, cela faisait huit mois et demi que je ne les avais vus. Ils s'étaient enfuis d'Adabazar où les Nationalistes massacraient les Chrétiens. Maman avait laissé ma petite soeur auprès de ma tante Makrouhie à Izmit, où elles s'étaient réfugiées dans l'église. J'ai conduit ma mère à Pangalti chez des amis. Elle m'a confié ses bagages que j'ai fait déposer par un porteur au restaurant où je prenais mes repas.

J'ai été, tous les jours suivants, après mes cours, voir ma mère et mon frère.

Le 24 septembre, ma mère s'est hasardée à retourner à Adabazar chercher ses meubles. J'ai été chercher mon frère avec un ami, Vararche Kudessérian, nous sommes allés nous promener à Dolma Bahtché.

Je suis retourné voir ma mère le 27 septembre, après mes cours. Le lendemain, l'école était fermée, j'ai été au cimetière de Chichli. Puis avec trois amis du restaurant, nous avons été faire quelques visites près de Tatavla et à l'église Sourp Hagop.

Le 29 septembre, nous sommes allés au Collège Yessayan à Taksim et à partir de ce jour, nous avons couché là. Je mangeais tantôt au restaurant, tantôt à l'orphelinat, et tous les jours j'allais au collège Yessayan.

Le lendemain, j'ai été voir ma mère à Istanbul, elle avait amené ma soeur d'Izmit. J'ai été très heureux de revoir Siralouys, cela faisait un an que je ne l'avais pas vue.

Le 1er octobre, j'ai commencé à suivre les cours de commerce au collège.

Après mes cours, j'allais voir ma mère. Elle avait envoyé mon frère à Izmit, mais le 5 octobre, il était déjà revenu auprès d'elle. Le 6 octobre, il est rentré à l'orphelinat d'Ortakoy. Le jour-même, ma mère a déménagé à Kadikoy.

Le 14 octobre, l'école fut fermée car des réfugiés d'Adana venaient d'arriver. L'école est restée fermée 5 jours. Je suis resté à l'orphelinat car j'avais mal au pied.

Le 23 octobre, j'ai conduit ma mère et ma soeur à l'hôpital de Yédikoulé, car mon frère y avait été envoyé. Il avait encore mal aux yeux. Quant à moi, c'est un clou qui m'était entré dans le pied. Je n'ai pu retourner en classe que le 25 octobre.

Le 11 novembre, toutes les écoles ont fermé en signe de deuil car des massacres avaient eu lieu à Hadjou et les Turcs avaient pris Kars.

Le 14 novembre, dimanche matin, maman est venue me voir, puis elle est allée voir Onnig à l'hôpital. Je suis retourné les voir tous les dimanches.

A partir du 17 décembre, j'ai pris tous mes repas au restaurant, je ne mangeais plus à l'orphelinat.

Le 22 décembre, avec un ami de l'orphelinat, nous avons déménagé tout au bout de Féridié, dans une chambre que son bienfaiteur, Yervant Odian, avait mise à sa disposition.

Le 28, j'ai été à Haydar Pacha voir ma mère, mais elle était repartie à Adabazar, les voyages étant redevenus possibles.

 

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