TOPAL

Il y avait un homme qui boitait, les paysans ne l’appelaient jamais par son nom, ils l’appelaient " Topal " (boiteux). Cet homme n’aimait pas travailler, mais pour boire et manger il était remarquable.

On demandait au boiteux :

Un jour, le boiteux va se promener, il va jusqu’au pont sur la rivière. Soudain, il voit un démon noir et hideux ; il se jette aussitôt sous le pont.

" Ah ah ! je sens la chair humaine ! " dit le démon. Il monte sur le pont, il entend un tremblement.

" Qui est-ce qui fait trembler le pont ? "

Le boiteux lui répond :

C’est moi, l’homme fort, l’homme le plus fort ! "

Le démon dit : " Puisque tu es l’homme le plus fort, fais quelque chose, que je voie ta force ! "

Le boiteux ramasse une tortue au bord de l’eau et la jette sur le pont.

Regarde, dit-il, voici un de mes poux. "

Le démon s’étonne et se dit : " si l’un de ses poux est aussi grand, lui-même doit être très grand ".

Le démon demande : " Peux-tu me montrer encore une fois ta force ? "

" Je peux ! " dit le boiteux.

Par chance, il y avait là une queue d’âne coupée. Il la saisit et la lance sur le pont.

Regarde, dit-il, voici l’un de mes cheveux ".

Le démon l’attrape, le regarde stupéfait. " Et que sais-tu faire d’autre ? "

Le boiteux ramasse une poutre tombée du pont et la lui lance. " Voilà mon bâton ! "

Le démon admet : " Tu as raison, tu as une grande force. Viens avec moi dans ma maison. "

Il emmène le boiteux chez lui, il lui donne du pain, il lui prépare à manger. Le soir, il lui étale un matelas bien doux, il lui arrange de bons oreillers, il lui lave les pieds à l’eau chaude et le couche. Le boiteux s’endort.

A minuit, la mère du démon se met à ronfler. Le boiteux monte au grenier. Le démon ouvre les yeux, il voit le boiteux. " Que fais-tu là-haut ? "

- " Je veux arracher une poutre, la casser en deux et enfoncer les morceaux dans les narines de ta mère, car elle m’empêche de dormir. "

Le démon se trouble, il le supplie tant et tant que le jour se lève.

(Que la lumière vienne aussi sur vous !).

Le démon et le boiteux sortent faire une petite promenade. Ils arrivent dans un bois, le boiteux déracine un jeune arbre, il se met à frapper les arbres de ci de là, il casse leurs branches, il fait tomber leurs feuilles, il pousse des cris de colère

.(que Dieu vous préserve de tels vandales !).

Le démon en tremblant lui demande : " Que fais-tu ? "

" Je veux détruire tous ces arbres, je veux les jeter quelque part ! "

Le démon se jette aux pieds du boiteux :

Homme, dit-il, pitié, pitié, puisque tu es le plus fort des hommes, épargne ces arbres, ne les détruis pas, laisse-les ! "

" Bon, dit le boiteux, je les épargne. "

Le démon et le boiteux s’éloignent des arbres. Ils marchent, ils marchent, ils arrivent dans un endroit où il n’y a ni hommes ni démons, ni loups ni dragons, ni aucun oiseau. Le démon s’ennuie un peu. Il dit : " Homme, luttons tous les deux ! "

" Luttons " répond le boiteux.

Ils luttent. Au cours du combat, le démon voit que le boiteux lève les yeux au ciel. Il demande : " Pourquoi lèves-tu les yeux au ciel ? "

Le boiteux répond :

Je lève les yeux pour voir si je vais te jeter à droite ou à gauche. "

Le démon arrête de se battre ; il s’incline.

Homme, dit-il, que ta chance me sourie ! viens, retournons chez moi. J’ai une caisse pleine d’or, prends-la, emporte-la chez toi. "

" Allons-y " dit le boiteux.

Ils arrivent chez le démon. Le boiteux voit la caisse, il essaie de la soulever, oh ! qu’elle était lourde ! il n’arrive même pas à la faire bouger. Il se tourne et dit :

Pour le plus fort des hommes, c’est une honte de porter une caisse, tout le monde va se moquer de moi . "

Le démon dit : " Frère, pars tranquillement, je t’apporterai la caisse chez toi. "

Le boiteux, tout content, retourne chez lui. Il fait le fier. Il dit à sa femme :

Femme, j’ai trouvé un démon noir, je l’ai bien roulé, il va m’apporter aujourd’hui une caisse pleine d’or. Quand il entrera, je te demanderai :

A peine a-t-il fini de parler, le démon arrive, la caisse sur le dos. Il la pose par terre.

Le boiteux demande à sa femme :

A ces mots, le démon prend ses jambes à son cou et s’enfuit dans un nuage de poussière.

Certains disent qu’il y a dans ce monde trois sortes de peureux : les boiteux, les aveugles et les fanfarons….

 

 

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