CONTE DE LA FILLE DU COFFRE

Il était une fois une vieille femme qui avait un fils nommé Sarkis. Celui-ci voulait se marier mais il n’avait pas d’argent. Il va à l’étranger pour travailler et gagner de l’argent pour se loger et pouvoir se marier. Il laisse sa mère à la maison.

Un jour qu’il allait au marché, il voit un homme qui portait un coffre sur l’épaule et qui criait :

Coffre à vendre, un coffre ! celui qui l’achètera ne le regrettera pas, le vendeur non plus ! "

Sarkis achète le coffre, il l’expédie à sa mère, avec un mot : " Garde ce coffre, quand je reviendrai me marier ce sera ma corbeille de mariage. " La vieille femme reçoit le coffre, le met dans un coin, puis va à l’église.

A son retour, quelle surprise ! la maison est balayée, le poële est allumé, le repas en train de cuire, la table mise, les hors-d’œuvres servis. Elle est stupéfaite.

" Mon Dieu, dit-elle, qui a fait toutes ces choses ? "

Ce miracle se renouvelle plusieurs fois. Alors la vieille femme se cache derrière une porte. Elle voit le coffre s’ouvrir, une merveilleuse fille en sortir, balayer la pièce, allumer le poêle, préparer le repas, apporter le pain, mettre la table, disposer les plats, puis retourner dans le coffre et s’apprêter à rabattre le couvercle. Aussitôt, la mère se précipite, l’attrape par le bras et lui dit :

Qui es-tu, ma fille ? "

" Ne pose pas de questions, mémé, dit la fille, ton fils m’a expédiée ici, nous allons vivre ensemble toutes les deux, quand ton fils reviendra, on verra ce qui se passera. "

Elles vivent ensemble pendant quelque temps. Un jour, la fille dit :

- Mémé, y’en a marre de vivre dans la fumée et la suie de cette masure. Va à la ville commander de la pierre et du bois, et tout ce qu’il faut pour construire une maison. Appelle un charpentier et un maçon, embauche des ouvriers, fais-nous construire une belle maison pour quand ton fils reviendra. Moi je paie, toi tu surveilles les travaux !

Peu après, la vieille femme fait construire dans la ville un joli manoir tel qu’il n’y en avait nulle part de semblable. Non loin de là vivait un gentilhomme extrêmement riche.

" Mon Dieu, dit le gentilhomme, comment cette pauvre vieille a-t-elle pu faire construire un tel manoir , d’où son fils a-t-il pu lui envoyer tant d’argent ? "

Un jour, il entre chez la vieille et que voit-il ? Une merveilleuse jeune fille, à en perdre le boire et le manger. Il tombe amoureux de cette beauté. Il envoie des messagers pour demander sa main. La fille refuse. Le gentilhomme rudoie la vieille femme, il l’oblige à écrire une lettre à son fils :

" Fils, quel malheur que cette fille du coffre, c’est une dévergondée, elle reçoit des hommes tous les jours. Je me fiche de sa beauté. Je préférerais qu’elle soit borgne mais honnête. ! "

Quand le fils reçoit cette lettre, il s’élance chez sa mère, il arrive à l’aube, il entre dans la chambre de la fille, il la bat comme plâtre, il l’emmène et la jette dans un torrent.

Il rentre. Un doute le saisit :

" Mon Dieu, j’ai jeté cette fille à l’eau sans même l’avoir interrogée, je vais aller voir ce qu’elle est devenue, est-elle morte ou vivante ? "

Il retourne là-bas, il ne voit ni fille ni rien. Le cœur brûlant, il va de ville en ville ; aucune nouvelle de la fille.

Après que Sarkis eût jeté la fille dans le torrent, un médecin qui passait avait entendu des gémissements, il avait vu la fille blessée, incapable de se relever ; il avait été pris de pitié, il l’avait emmenée chez lui, il l’avait soignée, il l’avait guérie. Un jour, le médecin dit :

Le médecin et la fille montent dans le phaéton, ils font le tour de la ville. La fille dit :

"  J’ai envie de gâteau. Va en chercher un peu, nous le mangerons ensemble. "

Le temps d’aller chercher le gâteau, la fille avait disparu. Le médecin la cherche partout, il ne la trouve nulle part. Le cœur brisé, il va de ville en ville, de pays en pays, aucune nouvelle de la fille.

Celle-ci s’était sauvée. Elle prend un petit chemin, suit une allée, rencontre un cavalier très élégant. Dès qu’il la voit, il en est fou, il descend de cheval, attrape la fille et dit :

" Ne veux-tu pas me prendre pour époux ? "

Le fille dit :

" Ni curé, ni mollah, notre coutume est la suivante : nous échangeons nos habits, je m’assois, tu tournes sept fois autour de moi, puis tu t’assois, je tourne sept fois autour de toi, notre dot sera partagée, je serai à toi et tu seras à moi. "

Ils échangent leurs habits, la fille s’assoit, le cavalier tourne autour d’elle ; puis le cavalier s’assoit, la fille tourne autour de lui… soudain, quelle fille, elle s’élance comme un moustique sur le cheval, et hue ! elle se sauve dans la forêt. La cœur brisé, le cavalier va à sa recherche, de ville en ville, de pays en pays, mais nul ne lui donne de ses nouvelles.

La fille conduit son cheval jusqu’à la ville du roi, elle descend chez une vieille femme, celle-ci n’avait pas de progéniture, elle devient son enfant. Elles vivent ensemble pendant un certain temps. Le roi de cette ville meurt. La coutume voulait qu’on lance un pigeon augural, l’homme sur la tête duquel il se posait devenait roi. On lâche le pigeon, il se pose sur le toit de la vieille, les hommes entrent, ils voient un élégant jeune homme assis dans la maison ; dès qu’il le font sortir, le pigeon se pose sur sa tête, ils l’emmènent et le consacrent roi.

La première chose que fit le nouveau roi fut de faire édifier une fontaine monumentale avec sept robinets, et son portrait suspendu à la voûte. Un garde est chargé de la surveillance, avec ordre d’arrêter et de mettre en prison tous ceux qui, en voyant le portrait, poussent un grand soupir : ah !

Un jour vient Sarkis, le fils de la vieille femme. Un autre jour, le médecin, et un autre, le cavalier, puis un autre jour le gentilhomme. Chacun, en buvant l’eau, pousse un grand soupir :ah !

Tous sont jetés en prison. Le roi appelle ses vizirs, les notables, il réunit le Conseil.

Il fait venir le fils de la vieille femme et le médecin, pour qu’ils racontent ce qui leur est arrivé.

Le cavalier s’avance :

" Longue vie au roi, dit-il, j’ai rencontré dans la forêt une jeune fille, non pas une fille mais une sylphide, une créature de feu. A sa vue, j’ai perdu la tête, je suis descendu de cheval, je l’ai saluée, elle m’a salué. Je lui ai dit : Jeune fille ne veux tu pas m’épouser ?, elle a dit : Mais si, pourquoi pas ?. Elle m’a trompé, elle a mis mes habits et m’a fait mettre les siens, j’ai tourné sept fois autour d’elle, elle devait aussi tourner autour de moi, mais tout-à-coup elle s’est envolée sur mon cheval, comme un moustique, elle a disparu de ma vue. J’ai eu de la peine de l’avoir perdue, et dix fois plus de peine d’avoir perdu mon cheval et d’être transformé en femme, moi qui suis un homme, qui porte la barbe et la moustache, moi, porter une robe ! Depuis ce jour, mon cœur brûle, et quand j’ai vu le portrait de cette fille à la fontaine, j’ai poussé un profond soupir :ah ! "

Le gentilhomme vient et dit :

" A côté de chez moi, dans la maison d’une vieille dame, j’ai vu une fille qui m’a tapé dans l’œil, mais j’ai eu beau faire, malgré l’étalage de toutes mes richesses, elle n’a pas voulu de moi, il n’y a eu rien à faire. Alors, par dépit, j’ai fait écrire à la vieille une lettre à son fils lui disant que la fille était une dévergondée. Le fils est venu, il l’a battue et l’a jetée dans la torrent. Depuis ce jour, le feu de la fille me brûle le cœur, c’est pourquoi lorsque j’ai vu son portrait j’ai poussé un soupir :ah ! ".

Le roi dit :

" Vizirs et vous tous, vous avez entendu ? "

"  Longue vie au roi ! nous avons entendu ! "

"  Appelez le bourreau. "

Le bourreau entre :

" Emmène ce gentilhomme, dit le roi, coupe-lui la tête et montre-là au peuple. "

Puis entre le médecin, qui raconte son histoire :

" Docteur, dit le roi, dis-moi le total de toutes tes dépenses pour cette fille, je multiplie cette somme par deux et te renvoie à tes affaires. "

Le roi dit ensuite au cavalier :

" Dis-moi le prix de tes habits et de ton cheval, je double le total et te renvoie à tes affaires. "

Le roi se tourne vers les vizirs et vers l’assemblée :

" Messieurs, dit-il, ne serait-il pas juste que nous fassions venir cette fille et que nous écoutions ce qu’elle a à nous dire ? "

"  Longue vie au roi, ce serait juste ! "

Le roi se lève et dit : " Eh bien, cette fille, c’est moi ! "

Elle découvre sa poitrine : " Voyez ! suis-je un garçon ou une fille ? "

L’assemblée est frappée de stupeur. Le roi appelle Sarkis et dit :

Ta mère t’a trompé. Tu es venu sans faire d’enquête, sans interroger qui que ce soit, tu m’as battue, tu m’a jetée à demi-morte dans le torrent, ensuite tu as eu du remords, mais à quoi bon, ce qui est fait est fait. Ecoute maintenant mon conseil :

Ne fais rien avant d’être sûr que ce qu’on te dit est vrai. "

Elle se tourne vers les vizirs et dit :

" Sarkis est mon mari et je suis sa femme. Si vous voulez que Sarkis soit votre roi, je resterai dans votre ville. Si vous ne voulez pas, nous retournerons chez nous ".

Tout le monde se lève et s’écrie :

Sarkis notre roi et toi notre reine, gouvernez notre pays ! "

 

Trois pommes sont tombées du ciel…

 

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