Carnet de voyage d'Armen (chroniques 1 à 15)

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>> Chroniques 16 à 30
15 Goris (suite)
14 La ville de Goris
13 Actualités d'Arménie
12 Erevan
11 Les écoles à Goris
10 Actualités d'Arménie
9 Façons de vivre
8
7
J'attends...
6 L'identité arménienne
5 Erevan
4 Retour à Goris
3
Visite de Tatev
2
Arrivée à Goris
1
Le vol Paris-Erevan

15. Goris, la ville : le 13 mai 2004

Bonjour à tous,

Avant de continuer sur Goris, voici un petit retour sur l'école. Le dernier jour à l'école est une grande fête en Arménie et à Goris. Ainsi les élèves de dernière année s'habillent de leur plus bel habit, spécialement acheté pour ce seul jour, avec pour les filles jupes aux genoux, noire/bleu marine, chemise manches courtes d'un blanc impeccable et une petite cravate. Et c'est en ce moment que se prépare cette fête. On voit partout des jeunes filles bien habillées dans les écoles, en ville... Les garçons se réservent pour le dernier jour. Vraiment pas avant.

Autre détail sur les écoles. Nous sommes donc en période d'examens. Cela va vous étonner, mais c'est comme cela. Il est enseigné différentes matières dont deux nommées ainsi: "russe" et "langues "étrangères". Dans "langues étrangères" on trouve anglais et français à Goris. Vous avez compris la différenciation de considération. Autre particularité, c'est que si tous les élèves étudient donc deux langues, ils n'en présenteront qu'une seule à l'examen! Ainsi étudient-ils le français ou l'anglais qu'ils ne présenteront jamais à l'examen.

Au niveau de la notation des examens, les travaux sont notés sur 5, en théorie de 0 à 5, mais en pratique de 2 à 5. Pourquoi? En Arménie, pour réussir il faut avoir la moyenne à toutes les matières, il n'y a pas de système de calcul de moyenne. Pourquoi mettre 1 ou 0 à un élève quand 2 est déjà insuffisant? Un élève qui rend la feuille blanche obtient donc un 2. Il y a deux ans, j'ai assisté à la remise des notes à Stépanakert. C'est noté de 0 à 5, les notes sont annoncées au micro, les élèves et leur famille rassemblées dans la cour. Quand un 0 était annoncé, vous aviez droit à une consternation générale, puis silence total pour écouter les notes des élèves suivants.Le 0 ne sert pas plus que le 2, mais il a son sens.

Goris est une ville dans la montagne, à 230 km au sud d'Erevan, dans la région du Syunik entre l'Iran, le Karabakh et le Nakhitchevan. Elle est très étendue (presque aussi grande que Stépanakert, mais moitie moins peuplée) et ce sont les montagnes qui ont limité encore plus son étendue. La ville a un "espace ouvert" vers le sud: l'étroite vallée qui mène à Kapan à 40 km au sud, un col séparant les deux villes bien sûr !

Goris est une ville pavillonnaire (cf. récit précédent) aux rues parfaitement rectilignes d'où certaines transversales qui finissent par tellement grimper qu'elles se terminent en escaliers !! Les escaliers ? Goris s'en est fait une spécialité, ils sont de formidables raccourcis. Du haut de la ville (la Faculté ou la gare routière, cela dépend de quel haut, il y en a 2) jusqu'en bas (le marché, le seul endroit animé de la ville, mis à part la sortie des cours des écoles et de la Faculté), il faut compter 20 à 30 minutes à pied ou 500 drams en taxi (environ 1 dollar). Il y en a une centaine dans cette petite ville sans touriste, ou si peu. Et pour cause, le seul transport en commun se résume en un bus (style celui qui desservait Shushi l'an dernier ;-) (ce n'est plus le cas à présent, ils ont mis des minibus de bonne qualité) qui fait 5 allers-retours par jour, du marché à l'Institut (8H30; 9H; 12H; 16H; 17H15; pas un de plus). Vous comprendrez comment ils sont pleins à craquer en prenant pour exemple le métro parisien en heure de pointe ou pour d'autres le métro japonais ;-).

Les rues, en plus d'être rectilignes ont une autre particularité: leurs caniveaux (qui n'en sont pas en fait). ce sont de véritables canaux (20 cm de large, au moins 15 cm de profondeur) qui conduisent directement l'eau des nombreuses sources de la ville (certaines jaillissent en pleine rue) au torrent (qui reçoit en prime tous les détritus possibles et imaginables).

Goris est une ville d'eau (on s'étonnera du paragraphe ci-dessous sur l'eau dans les maisons), il pleut très souvent et en 3 mois de présence ici, il ne s'est pas écoulé une seule semaine sans précipitation. Avertissement: attention à ne pas laisser une cheville dans le caniveau en traversant la rue.

La maison gorissienne est carrée, en pierre non taillée (avec des façades nivelées par les jointures en ciment blanc apparent) Les fenêtres sont souvent en arcades, encadrées de pierres taillées plus foncé que pour les murs. La pierre à Goris est grise. Les maisons sont à un étage, le rez-de-chaussée servant d'étable, de garage et/ou d'atelier de travail, voire parfois de magasin. Les maisons sont entourées de jardins (potagers, vergers) d'où l'aspect forestier de la ville dont on a déjà parlé.

Goris compte quelques immeubles d'habitation et grands bâtiments (mairie, palais de la culture) mais jamais plus de 4 étages, sauf 2: l'internat de la Faculté tout en haut de la ville (7/8 étages) et l'ex-grand hôtel soviétique (6 étages). Ce dernier a perdu son prestige passé (c'est le moins que l'on puisse dire, j'ai eu le privilège (?) d'y séjourner ma première semaine!!) même s'il est toujours debout et ouvert. Le chauffage est très insuffisant et l'eau courante, voire l'eau tout court n'existe pas!!! Ses 3 derniers étages abritent misérablement environ 80 familles réfugiées de la guerre du Karabakh (expulsées d'Azerbaidjan) qui attendent toujours leur déménagement dans un logement décent. Cela fait plus de 15 ans qu'elles attendent. On parle de la construction d'un bâtiment d'ici quelques... années, le terrain serait déjà réservé.

L'eau courante n'existe pas à Goris (comme dans la plupart des quartiers d'Erevan d'ailleurs), d'où l'équipement en réservoirs de certaines maisons (dont les hôtels, s'il y en a). Personnellement, je remplis une bassine le matin à 9H avant les cours (eau de 9H à 9H30, cours à 9H15), et pour l'eau chaude, je chauffe à la casserole. Ma plaque étant très faible, il me faut compter 1H30 pour chauffer 2 casseroles pour me doucher (1/4 d'eau chaude, ¾ d'eau froide). Je pourrais utiliser une théière électrique mais j'attends d'être au Karabakh pour en acheter une; cela ne me prendra alors plus que 10 minutes! A moins que je fasse installer un chauffe eau. C'est un choix. A noter que depuis deux semaines à présent, il est assuré un tiers du temps un mince filet d'eau. Cela permet de remplir la chasse d'eau et de pouvoir remplir une bouteille d'eau, ou de se laver les mains mais ce n'est pas assez pour faire la vaisselle, ou alors vraiment si l'on n'a rien d'autre à faire.

Pour l'électricité (spécificité à Goris, pas vu ni à Erevan, ni à Stepanakert (sauf en cas de très mauvais temps), les coupures sont quasiment quotidiennes (1/4 d' heure, ½ heure, 1 heure, 2 heures, parfois un peu plus). "Remont en anoum" (ils font des réparations sur le réseau. D'où l'équipement des salles informatiques des écoles en générateurs de secours. Les branchements électriques sont tout autant aléatoires, c'est du "yola gnal" (de la débrouille). Comme l'Arménie, qui ne travaille, "Yola gnoum a" (elle fait de la débrouille). Par exemple, il n'est pas rare que les branchements des chauffages se fassent fils sur fils puisque nombre de prises électriques et de fiches n'ont plus de fiches.

A Goris évitez de raser de trop près les murs, car la peinture c'est de la poudre qui s'accroche à vos vêtements comme de la craie dès qu'on l'effleure. C'est ainsi que le mur de mon lit a viré du blanc au gris, la couette ayant frotté toute la poudre blanche.

Bon travail,
D'Arménie,
Armen
Huys Havatk yév Sér (espoir, foi et amour).

r.armen@laposte.net

14. Présentation de Goris : le 11 mai 2004

Le premier contact avec la ville se fait depuis la route quand on arrive d'Erevan. Goris est en contre-bas, dans une cuvette et la ville s'étend autant que le lui permettent les pentes des montagnes qui l'enserrent. De cette hauteur, cette ville de 30 000 habitants, noyée dans les arbres, apparaît comme un gros village. Ensuite, ce qui retient l'attention c'est sa grandeur, la ville s'étend sur tout l'espace que la montagne lui laisse libre. Certains la décrivent comme suit: toun, bostan, toun, bostan, toun, bostan, bostan, toun, bostan, toun, toun, bostan... (toun=maison en arménien et bostan=jardin en russe). La ville est principalement constituée de maisons avec jardins potagers et vergers.

Goris a bien des similarités avec Stépanakert, la capitale du Karabakh à 100 km. On a une population voisine (30 000-50 000) elles sont toutes les deux un carrefour de leur région et toutes les deux vivent éloignées d'Erevan. C'est dans la manière de vivre cet éloignement que Stepanakert marque sa différence avec un développement économique plusieurs fois plus dynamique. Mais Goris et Stépanakert, et même plus globalement, le Syunik et le Karabakh ont en commun le dialecte. S'il diffère d'une montagne à l'autre, il subsiste des constructions et un vocabulaire communs, un accent similaire. Tant et si bien que l'intercompréhension est possible, chacun parlant dans son dialecte. Pas tous toutefois parviennent à se donner la peine de cette intercompréhension, c'est-à-dire sans en passer par le russe ou l'arménien oriental.
Cette proximité linguistique est un témoignage au jour le jour d'un passé qui a toujours uni et désuni ces deux régions, séparées un temps, regroupées un autre, au gré des aléas politiques, des guerres, des trahisons et des sécessions dont le Syunik a fait sa spécialité. C'est un peu le Marseille que Louis XIV a voulu définitivement ancrer à la France en construisant deux forts à l'entrée du port, non pas pour protéger la ville, mais pour la surveiller !

Le Syunik est cette région qui dit oui quand tout le monde dit non, et vice versa. Quand au cours de l'histoire l'Arménie parvenait à créer l'union, le Syunik faisait sécession ou demandait un statut spécial. A l'inverse, quand l'Arménie acceptait de se soumettre à un envahisseur, le Syunik est toujours apparu comme le dernier bastion de résistance. Ses montagnes l'ont toujours bien aidé pour cela.

Je retiendrai deux périodes. Le XVIIeme et le XIXeme, dans le cadre de l'empire perse (jusqu'à la conquête par les Russes de tout le sud Caucase, traité de Gulistan de 1828), qui connurent l'affirmation des familles locales parvenues, chacune sur leur fief bien sûr, à préserver sur leur territoire un degré d'autonomie de gestion non négligeable (gestion des affaires courantes, collecte d'une partie des impôts, maintien de groupes armés de défense...), surtout vis à vis du reste de l'Arménie soit sous l'impérialisme russe , soit intégré dans l Empire ottoman, une intégration qui finira par être fatale à ce qui est appelé aujourd'hui l'Arménie occidentale, par opposition à l'Arménie sous administration russe (au début du XXeme siècle, correspondant à quelques régions près (Kars, Ardahan et Nakhitchevan) à l'Arménie actuelle+Artsakh-Karabakh.

La deuxième période récente où le Syunik a fait parler de lui par sa singularité est février-avril 1921. Fin novembre 1920, l'Arménie "accepte" l'administration russe. La brutalité de l'établissement de l'autorité russe (déportation de tous les dirigeants dès décembre 1920) entraîne un soulèvement du Syunik qui s'érige en République de la Montagne, avec pour capitale Goris, alors la plus grande ville de la région. Les Russes reprendront les choses en main après la reconquête de la Géorgie en avril et réduiront le dernier fief de résistance que fut ce Syunik.

Cette époque (fin du XIXeme siècle, début du XXeme) fut la grande période des mouvements de lutte armée pour les Arméniens. S'ils ont fini tragiquement (c'est le moins que l'on puisse dire) dans l'Empire ottoman, ils ont finalement permis l'émergence d'une république autonome dans le sud Caucase. D'une situation d'un territoire sans frontière il est sorti un territoire défini largement imparfait au vu de la situation de l'époque puisque nombre de régions arméniennes c'est-à-dire peuplées par des Arméniens depuis des siècles resteront en dehors de frontières encore actives aujourd'hui. Mais ce qui est à retenir, c' est que cette période a permis la ré-émergence d' un territoire arménien autonome, reconnu et dont la république actuelle est l' héritière directe. De ce point de vue, la république de 1918-1920 est une réussite, surtout si l' on garde à l' esprit que le contexte de son émergence ne fut nullement souhaité ni accueilli avec joie tant la défense du territoire était un travail qui apparaissait au début comme une tâche insurmontable.

C'est ainsi qu' en 1921 Kars et Ardahan resteront en Turquie. La population fuira très vite au sud-est de la Géorgie, dans la région du Djavakh (dépeuplée de ses populations arméniennes au cours des guerres de cette période). C' est ainsi que le Djavakh est resté arménien mais avec des populations non locales qui ont pris le relais de celles "disparues"!! Ensuite on a le Nakhitchevan et le Karabakh, tous deux attribués par Staline à l' Azerbaidjan soviétique. Le Nakhitchevan est une plaine, 70 ans ont suffi pour vider la région des Arméniens qui y habitaient. L' Artsakh est un territoire montagneux qui s'est finalement soulevé en 1988 et dont l'autodétermination est devenue effective (d'une certaine manière) avec la signature d'un cessez-le-feu avec l'Azerbaidjan en 1994, cessez-le-feu toujours en vigueur et dont le souci du respect fait quelquefois monter la pression. Avant-hier, les 10 ans de sa signature ont été fêtés en fanfare à Stépanakert qui a connu l'un de ses plus grands rassemblements depuis longtemps: plusieurs dizaines de milliers de personnes rassemblées devant le Parlement le soir. Pas mal pour une ville de 50 000 habitants !
Ceci, c'était pour la partie historique pour redéfinir le contexte.

A Goris ce passé est omniprésent. Il n'est pas une école à Goris qui n'ait affiché les photos des fédayins de la grande époque. Un fédayin est un civil qui prend les armes pour protéger sa maison, son village, sa région. Il s'organise avec d'autres pour former des groupes de volontaires. Les deux plus populaires ici sont le Général Andranik (devenu Général avec la République de 1918-1920) et Njdé dont la statue trône à l'entrée de l'Institut où j'étudie. Andranik a combattu sur toutes les terres arméniennes, de Turquie, d'Arménie, de Perse... A la chute de la République arménienne de 1918-1920 il part à Paris puis aux Etats-Unis où il décédera. Il sera enterré au cimetière du Père Lachaise à Paris et sur sa tombe a été construite un statue le présentant sur son cheval. En février 2000, ses cendres ont été rapatriées en Arménie, au cimetière de Yerrablour (près de Erevan, cimetière pour les héros arméniens et les personnes d importance nationale). Andranik a énormément lutté pour la sauvegarde du Karabakh en 1919-1921. Une lutte qui ne sera pas tout à fait un échec puisqu'elle permettra de préserver l'existence du Karabakh, à défaut de pouvoir l'arrimer définitivement à l'Arménie.

Njdé a lui aussi été un grand fédayin bien sûr, mais est surtout connu pour son travail au Syunik où il avait en charge les groupes armés et il prit naturellement une part active dans ce qui reste comme le témoin d'une ferme volonté de vivre indépendant de toute autorité extérieure : la République de la Montagne.
Goris est fière d'avoir été capitale d'Arménie 2 mois. Mais malheureusement (!) d'une république qui n'a pu s'affirmer, et les livres qui ont font état sont bien rares.

Goris c'est un peu cela, elle est présente mais on ne la remarque pas.

Et l'ambiance dans Goris me direz-vous? C'est une ville des plus calmes. Si vous croisez quelqu'un, il y a de fortes chances qu' il aille au marché ou qu' il en revienne. On n'y trouve que 6 ou 7 bars, c'est la seule activité de Goris, avec son carrousel qui ouvre l'été. Les gens vont au marché, ils y flânent quelque temps puis rentrent chez eux. A Goris, il y a quand même une activité des plus sympathiques : aller en lisière de la ville et manger dans la montagne. Les montagnes de Goris sont très particulières, découpées en menhirs plus ou moins parfaitement. La ville est entourée de "Demoiselles coiffées" En particulier dans le bas de la ville. Vraiment, quand vous allez au Karabakh, prenez 20 minutes pour descendre. Vous pourrez en profiter pour manger quelque chose dans l'un des deux restaurants de la ville (à côté du marché et en face de l'église).

Enfin, Goris l'été, c'est le doux plaisir de se promener dans les rues larges, rectilignes, bordées de petits canaux (en guise de caniveaux) où coule de l'eau directement sortie des sources qui émergent au quatre coins de la ville. Goris est une ville d'eau, fraîche, avec toujours une petite brise pour vous rappeler que Goris est une ville nature avec une végétation omniprésente des plus diversifiées.

Je vous propose de venir vous y balader et me donner votre avis.

Bon travail,
D'Arménie,
Armen
Huys Havatk yév Sér (espoir, foi et amour).

r.armen@laposte.net

13. Actualités d'Arménie : le 06 mai 2004

Depuis le début du mois d'avril, il a été constaté une baisse de 3 à 4% des taux de change du dollar (et du rouble) avec le dram (monnaie d Arménie). L'évolution de l'euro est faussée en raison d'une remise à niveau de son cours par rapport au dollar. On a donc une appréciation du dram par rapport à la période précédente ou plutôt par rapport aux attentes (si cela avait été attendu, les mesures de régulation auraient été prises plus tôt). La fin de l'année dernière avait été marquée par une hausse similaire mais avait été neutralisée par la Banque centrale (BC) d'Arménie qui a tardé cette fois à intervenir.

Une conférence de presse hier de son président permet de mieux comprendre les raisons (d'autant qu'en cette saison le dram a tendance a fléchir vu que c'est la saison d'approvisionnement du marché arménien (pour l'été) avec une augmentation de la demande de dollars).

Voici les quatre causes identifiées par la BC (sur l'activité du premier trimestre):
1) Poursuite de la hausse du PIB
2) Augmentation inespérée des exportations de 40% au cours du premier trimestre
3) Augmentation des salaires
4) Hausse de 30% des transferts d'argent vers l'Arménie (peut-être favorisée par le renforcement du dram)

Ceci est très positif et d'autant plus que la balance commerciale d'Arménie a été une nouvelle fois lourdement déficitaire l'an dernier: 590 millions de dollars.
Le directeur de la BC a aussi annoncé deux programmes en cours de préparation avec l'Europe. Le premier porte sur l'octroi d'un crédit de 100 millions d'euros pour la construction de plusieurs centrales hydroélectriques (l'Union Européenne voulant amener l'Arménie à fermer sa centrale nucléaire (qui ne présente pas plus de risques qu'une autre, de l'avis des spécialistes internationaux), et le deuxième permettrait l'octroi de crédits à long terme à taux réduits basés sur l'hypothèque des maisons. L'objectif ici est d'aider l'Arménie à créer un cadre législatif et les conditions favorables à l'octroi de tels crédits. Actuellement, les crédits sont au maximum de 4 ans avec un taux avoisinant les 15% d'intérêt par an !

Pour le détail sur la vente de l'or de la BC, cf. http://www.armenews.com

En ce qui concerne le Karabakh, on reparle d'une possible résolution par étapes, suite à une rencontre surprise entre Robert Kotcharian et Ilyam Aliev à Varsovie la semaine dernière. Mais cette fois, ce ne serait plus à l'Arménie de faire le premier pas, mais à l'Azerbaidjan qui autoriserait la réouverture de la voie ferrée Bakou-Meghri (sud de l'Arménie)- Nakhitchevan (Azerbaidjan)- Erevan. Le progrès qui permet à cette question de se reposer c'est que l'Azerbaidjan juge désormais (déclaration d'Elmad Mamediarov, ministre des Affaires Etrangères d'Azerbaidjan) que "le retrait des forces arméniennes (du sud du Karabakh) serait une aide à cette ouverture" ; autrement dit, ce ne serait plus une pré-condition (ainsi que cela est rapporté dans Armenews.com). Cette déclaration confirme une certaine faiblesse diplomatique de l'Azerbaidjan, peu habitué à un langage de compromis, qui ne peut s'opposer à toute proposition de résolution. Et cette concession serait peut-être la moins difficile à faire accepter à son opposition (pour la reprise des hostilités) puisqu'une telle ouverture offrira au Nakhitchevan un lien direct avec Bakou. Quant à l'Arménie, ce serait la première liaison ferrée extérieure stable, avec l'Iran. Une telle démarche pourrait favoriser une "normalisation" des relations économiques entre les deux pays. Mais cela évite d'aborder le point de désaccord principal, la question centrale: le statut du Karabakh. Affaire à suivre sans se presser...

En Géorgie, un million de dollars vont être alloués par la Géorgie à la réparation des routes du Djavakh. Le Djavakh est une région de la Géorgie frontalière avec la Turquie et l'Arménie. Elle est peuplée quasi exclusivement d'Arméniens et était jusque là oubliée des programmes de développement des autorités géorgiennes. Par exemple les livres scolaires et l'électricité sont fournis par l'Arménie gratuitement à la région.

Adjarie-Géorgie: mis à part des rumeurs (cela dépend des personnes) qui font état de la démission d'Aslan Abashidze (président adjare) ce matin, voilà ce qu'on peut dire. La série "je te mets en garde, toi non plus" continue: la Géorgie a donné la semaine dernière un (nouvel) ultimatum de 10 jours à l'Adjarie. Ceci après avoir étudié le traité de Kars (cf. Actualités d Arménie précédentes) et la capacité juridique de la Russie d'intervenir pour veiller à la préservation du statut spécial octroyé à l'Adjarie par ce traité (de 1921).

Pendant ce temps en Arménie, on a fait plancher les académiciens sur "le facteur génocide dans les relations arméno-turques". La Turquie est le 10eme partenaire commercial de l'Arménie (via la Géorgie et donc via l'Adjarie). Quant à Vartan Oskanian, ministre des Affaires Etrangères d'Arménie, il a annoncé l'organisation prochaine d'une réunion, elle aussi internationale, pour coordonner les actions pour faire avancer la reconnaissance internationale du Génocide arménien.

Ce week-end à Shushi on va fêter les dix ans du cessez le feu. Les festivités vont durer 2 jours, samedi 8 et dimanche 9 mai (jour de libération de la ville par les forces arméniennes en 1992 et fête nationale au Karabakh).

Par ailleurs Anoushavan Danielian (premier ministre de la République du Haut Karabakh) a annoncé l'organisation d'une réunion internationale pour la reconstruction de la ville en 4-5 ans. Le programme prévoit d'établir la ville comme un centre historique et culturel (ce qu elle était jusqu au début du XXeme siècle).

Un programme d irrigation de toute la région d'Armavir vient d'être lancé, cofinancé par la Banque mondiale. Il prévoit la récupération des eaux du plateau de l'Aragats dont les sommets culminent à 4100 m d'altitude. La vallée est à un peu plus de 1000 m d'altitude.

Le printemps à Goris, c'est pluie et brouillard tous les jours. D'où une nature d'un vert flamboyant. Cela vous ferait presque regretter les chaleurs caniculaires de l'été.

La mairie d'Erevan a annoncé que d'ici 3 ans, elle allait acheter 450 autobus (à la France et l'Italie en particulier), ceci afin de limiter la multiplication des marshotnis (minibus de 10-15 places qui servent de transport en commun). L'utilisation de ces autobus (publics) reviendra à 50 drams pour les utilisateurs (contre 100 pour un marshotnis, privés).

Sinon Goris va avoir son club francophone. Il va être ouvert par l'Association SPFA (Solidarite Protestante France-Arménie). Depuis quelque temps déjà ils voulaient ouvrir un tel centre à Goris ; désormais ce sera chose faite en août prochain.

Bon travail,
D'Arménie,
Armen
Huys Havatk yév Sér (espoir, foi et amour).

r.armen@laposte.net

12. Le 24 avril à Erevan

Pour une minorité d'entre vous, le 24 avril est le jour de commémoration du Génocide arménien de 1915. Ce jour-là, l'intellingentsia arménienne de Bolis (Istanbul aujourd'hui) fut arrêtée pour être déportée dans les déserts d'Anatolie. J'ai donc passé le 24 avril à Erevan et j'ai pu commémorer le Génocide en me rendant à Dzidzernakapert.

Cela ne se déroule pas du tout comme en France. Le 24 avril, c'est un flux continu de personnes se rendant au Mémorial. Plusieurs centaines de milliers de personnes traversent le parc tout au long de la journée. C'est une colline qui surplombe Erévan entre le pont Dérian (entrée) et le stade national Hrazdan (nom de la rivière qui traverse Erévan dans un profond ravin).

Cette année, la marche a été politisée, à la suite de l'ambiance délétère qui règne à Erévan, due aux manifestations organisées par l'opposition.
Au plus, ces manifestations ne rassemblent que 10 a 15 000 personnes. (L'opposition a annoncé 25 000 personnes lors de sa dernière manifestation du 27 avril, mais c'est la même falsification des chiffres qu'en France).
10 a 15 000, c'est-à-dire tout juste 1% de la population d'Erévan (1 200 000 habitants), soit moins de 0.3% de la population d'Arménie. Car ces manifestations qui ont un caractère "national" sont plutôt locales ;(au Syunik rien n'a jamais eu lieu). On a donc l'action d'un groupe minoritaire sans aucun pouvoir de représentation nationale.

Mon séjour à Erévan m'a permis de mieux comprendre la nature de la colère des manifestants qui participent à ces rassemblements. Ce qui est impressionnant, c'est que certains des manifestants ne remettent pas en cause les réussites économiques et sociales de l'Etat d'Arménie sous la présidence de Robert Kotcharian. Les mêmes reconnaissant que l'opposition n'a pas la solution aux problèmes qu'elle cible. Ce qu'ils espèrent d'un changement de pouvoir (qui passerait par une démission de Robert Kotcharian, ce qui est plus qu'improbable), c'est l'organisation d'élections qui se dérouleraient normalement, de telle manière qu'elles ne puissent porter à contestation. Ce ne fut pas le cas des dernières élections présidentielles et législatives, même si la victoire écrasante de Robert Kotcharian ne permet aucun doute sur sa réélection, mais seulement sur la marge de sa victoire.

Les élections présidentielles avaient été l'occasion de la première organisation (dans un pays de la CEI) d'un débat télévisé entre les deux candidats du 2eme tour.
De telles élections, il est attendu un éclatement des membres de l'opposition qui s'affronteraient en un débat libre, c'est-à-dire sans que l'Etat n'appuie l'un ou l'autre des candidats. Ensuite, l'Arménie connaîtrait 3 à 4 ans d'incertitude voire de recul économique, le temps qu'un nouvel équilibre se crée ! L'Arménie a-t-elle ce luxe?

Vu de l'extérieur, je pense que ces manifestations, si elles sont bien gérées par le gouvernement (ce qui ne fut pas toujours le cas) sont destinées à mourir d'elles-mêmes, car dans les faits elles ne sont basées sur rien. L'arrivée de l'été va permettre d'apaiser les tensions. Les politiques partent en vacances, le travail augmente, il y a les récoltes... A partir de septembre, on a la préparation du budget de l'année 2005 et on peut s'attendre à une orientation encore plus sociale et en direction de l'économie rurale.

A noter que le gouvernement vient de proposer de négocier. Il a reçu une fin de non recevoir de la part de l'opposition. Seul contre tous.Karabakh:
On ne parle plus de tension sur la ligne de cessez le feu. On a donc eu droit une nouvelle fois à des menaces de reprise de la guerre pour forcer l'Arménie à des concessions inacceptables, car l'Azerbaidjan a toujours menacé de la reprendre si les négociations ne lui sont pas favorables. Là où cela devient intéressant, c'est que tous (représentants du groupe de Minsk, Arménie et Azerbaidjan) semblent être tombés d'accord: les négociations sont dans l'impasse. L'Azerbaidjan, spectateur de son échec, c'est l'Arménie qui gagne des points avec l'idée, acceptée désormais (par les négociateurs), que le Karabakh est arménien. L'Azerbaidjan connaîtrait en ce moment un échec politique, 10 ans après avoir compris que l'option militaire menait à sa perte.

Voilà une occasion de vous parler du voyage Goris-Erevan.
1) Le départ fut retardé, je ne sais pour quelles raisons, de 3 heures.
2) L'état très abîmé de la chaussée de Goris à Sissian, à 30/40 km au nord.
3) Le grand nombre de camions iraniens sur la route, souvent en groupes d'ailleurs. Les routes d'Arménie sont dangereuses pour eux, et il n'est pas rare d'en trouver un couché dans un virage d'un des nombreux cols. En général sans gravité, cette fois-ci, le camion est tombé quelques mètres en contre-bas. Cette forte circulation confirme l'importance de l'Iran pour l'Arménie et donc la place favorable de Goris qui n'en profite malheureusement pas autant qu'elle le pourrait. Dommage pour son développement.
4) un minibus venant de (ou se rendant à) Stepanakert se reconnaît de loin, sans avoir à attendre la lecture des affichettes sur les pare-brise. Ils ont la particularité d'avoir le bas de caisse au plus bas tant ils sont chargés et le toit souvent encombré.
5) Le printemps découvre enfin ses couleurs. Les pentes des collines verdissent et les prairies se colorent de mille fleurs. Les troupeaux retournent dans les champs. L'Arménie resplendit en cette saison et ce sera encore plus vrai le mois prochain.
6) Les adeptes d'escales sur le bord de la route pourront remarquer que la région de Vayots Dzor (à mi-chemin entre Erévan et Goris) connaît une fièvre de constructions. Presque chaque village croisé propose son coin repas, détente... A vous donner envie de passer quelques heures de plus sur les routes d'Arménie, se reposer sur les rives de l'Arpa (qui traverse la région). Erevan-Goris, 4 heures, dont 1/2 à ¾ d'heure d'étape! Pour Stépanakert, 6 heures avec une heure d'arrêt. Certains ont mis la journée pour ce trajet ; cela dépend des étapes, ou du comment prendre son pied à voyager en Arménie.

Bon travail,
D'Arménie,
Armen
Huys Havatk yév Sér (espoir, foi et amour).

r.armen@laposte.net

11. Les écoles à Goris

A la demande de plusieurs d'entre vous, voici quelques détails sur la vie dans les écoles.

Les écoles à Goris regroupent 300 à 700 élèves en 1, 2 ou 3 bâtiments (en forme de U) d'un ou deux étages. L'élève fréquente généralement le même bâtiment de 6 à 17 ans (fin des études), et souvent dans la même classe avec les mêmes camarades pendant 10 ans, de la classe de première à celle de dixième (on compte à l'inverse de la France). Les cours durent 50 minutes. Il y en a 6 par jour, du lundi au samedi, de 9H à 14H. Le repas est prêt à la maison.
L'après midi est utilisé pour les cours particuliers et les activités extra scolaires. Un cours particulier coûte de 10 000 à 20 000 drams par mois (20 à 40 dollars), 2 à 3 fois par semaine, 2 à 3 heures à chaque fois. C'est un complément de revenu non négligeable pour plusieurs professeurs. On verra une autre fois comment un grand nombre d élèves arrivent à se les financer. Il n'y a pas de travail, mais il y a de l'argent, pourrait-on dire.


Au niveau de la discipline, une chose est à noter, un professeur ou un membre du personnel de l'établissement peut gifler un élève. C'est ainsi qu'un jour, j'arrive à un cours, élèves de 13/14 ans. L'un d'eux a embêté un plus jeune. Une responsable vient lui demander des comptes. Il reçoit une première gifle, une deuxième, une troisième, une quatrième, finalement il arrête de répondre et se calme, l'adulte s'en va. Les élèves de la classe se mettent alors à plaisanter sur la manière dont les gifles ont été envoyées et reçues!!! Cela permet d'avoir des écoles où, généralement, le professeur est respecté et les élèves sages. Il n'y a que deux écoles qui font exception, dont une où j'ai décidé de ne plus me rendre. Non que les élèves fussent dangereux, il n'y a aucun problème de sécurité, mais il y a un manque flagrant de discipline qui fait que les cours tournent à la plaisanterie générale.

En fait, je dirais qu il n'y a pas beaucoup de différence par rapport à la France. Par contre, certains élèves sont peut-être peu disciplinés, mais en général ils connaissent leurs classiques. C'est ainsi qu un élève moyen peut vous réciter des textes d'auteurs arméniens. Ils ne les étudient pas plus qu'en France je pense, mais la culture est partie prenante de la vie en Arménie. L'élève apprend ses classiques à l'école, mais les utilise ensuite dans la vie de tous les jours. L'Arménien fait naturellement souvent référence à ses auteurs, voire à d'autres. Et c'est aussi une particularité. Il y a un certain nombres d'élèves qui connaissent mieux nos auteurs français que nous-mêmes. Pour la bonne raison qu'en dehors de l'école, le Français ne porte pas un grand intérêt à son patrimoine littéraire. Il en découle une capacité d'apprendre et de retenir des textes entiers par coeur tout à fait impressionnantes. Certes cela manque de réflexion, mais cela a des avantages non négligeables. Les cours de français se déroulent quasi systématiquement suivant le même enchaînement : les élèves lisent et traduisent à tour de rôle le texte du livre qu'ils avaient à préparer à la maison. Ensuite ils sont interrogés sur le vocabulaire et la conjugaison. Pour répondre, l'élève se lève. Quand il est interrogé, il va au tableau.

Les conjugaisons sont systématiquement écrites, à la forme active, interrogative, négative, au futur, au passé. On peut être surpris de leur maîtrise de la grammaire et des verbes irréguliers, cela vient de cette capacité d'apprendre qu'ils ont acquise dès leur plus jeune âge. C'est ainsi que ce qui manque, ce n'est généralement pas le vocabulaire, ni la conjugaison, ni la connaissance de la grammaire, mais la pratique. Ils peuvent réciter très bien, mais ils ont généralement d'énormes difficultés à construire des phrases complètes nouvelles. Leur spécialité à l'oral, c'est de prendre des morceaux de textes qu'ils ont appris et à les coller l'un derrière l'autre. Certes, il n'y a que peu d'erreurs, mais cela manque d'originalité et de fraîcheur. Non seulement à l'écrit, mais aussi à l'oral.

J'ai pu remarquer aussi qu ils comprenaient bien quand je leur parlais en français (ils sont tous bilingues arménien russe, cela aide). C'est pour cela que quand un Arménien vient en France, il apprend très vite, car la technique il l'apprend par coeur, pour l'oral il a des dispositions, et ensuite, il faut pratiquer.

Bon travail,
D'Arménie,
Armen
Huys Havatk yév Sér
r.armen@laposte.net

10. Actualités d'Arménie : 15 avril 2004

Je vous avais parlé des inondations et des tempêtes, et des fonds débloques par le gouvernement. Les travaux ont commencé une semaine après seulement. Ils doivent aussi améliorer l'existant pour éviter de nouveaux dégâts (plusieurs maisons ne seront reconstruites qu'en dehors des zones inondées et des primes seront attribuées pour que d'autres déménagent...)
Je vous avais parlé de l'eau à Armavir, puis a été présenté le projet en cours de
réfection des écoles d'Arménie. A Erevan, mi mars, 38 écoles étaient totalement
rénovées, 16 étaient en cours et 14 le seront cette année. Il y a un peu plus de 1400 écoles en Arménie, le chantier est immense, c'est pourquoi la fondation Lincy (qui a permis la reconstruction de la zone sinistrée par le séisme ces derniers mois) va consacrer des budgets importants pour ce projet.
Pour la région d'Ararat il est prévu la réfection de toutes les écoles et maisons de la culture dans un délai de 3 ans. La région a actuellement 27 projets de ce type en cours.

A Erevan, la réfection des rues va s'intensifier cette année (+ 60%) avec l'utilisation de machines modernes, et en particulier pour leur entretien. Les japonais ont versé des aides pour améliorer la qualité du goudron. La ville a droit aussi à un toilettage complet, la plupart des rues, statues et monuments ont été passés au carsher, et les parcs nettoyés par plusieurs milliers d'élèves. Ensuite il y a un grand programme de plantation de 20 000 arbres et arbustes dans les rues parcs et jardins de la capitale.

Dans un registre différent, l'Etat a annoncé plusieurs hausses successives des salaires de professeurs aujourd'hui de 25 000 drams (50 dollars environ). En juin, le salaire devrait être porté à 40 000 drams, au premier janvier prochain a 50 000, ceci pour qu il atteigne 70/75 000 drams en 2006, pour que le professorat soit le métier le mieux rémunéré en Arménie. Les retraites devraient elles aussi connaître des hausses significatives, mais je n'ai pu noter les chiffres.
Pour votre information, une famille a besoin de 200 dollars par mois pour vivre.( Personnellement, juste pour l'alimentaire, mon budget est de 30, on en reparlera).
Début avril, Armenews.com a rapporté que 15 personnes avaient été expulsées de la région de Krasnodar (sud de la Russie où vivent des centaines de milliers d Arméniens). Le hasard m'a fait rencontrer un des enfants d'une famille renvoyée à Goris. Ils n'avaient ni papier, ni travail sur place. Quand on sait que ces dernières semaines il y a eu plusieurs profanations de tombes arméniennes dans la région, on comprend que les autorités veuillent faire montre de fermeté afin d'apaiser la situation.
Sinon, il y a toujours le collège Melkonian de Chypre, dont la fermeture en juin 2005 fait toujours couler beaucoup d'encre dans les journaux. Chaque déclaration est retransmise à la télé...
En international, on notera que le gouvernement arménien vient de signer l'une de ses plus belles réussites. Il y a 10 ans, lorsque l'Arménie n'avait aucune énergie (fermeture de la frontière avec la Turquie, guerre contre l'Azerbaidjan, situation de guerre civile en Géorgie, et fermeture de la centrale nucléaire qui aurait été d'un grand secours). Le Fonds Arménien avait d'ailleurs été créé pour participer à sa construction... Et finalement, c'est officiel, avant la fin 2004 démarera la construction du gazoduc Iran Arménie, ce qui dotera l'Arménie de 2 sources d'approvisionnement en gaz, au nord par la Russie et au sud par l'Iran. Voilà une victoire à mettre à l'actif sans aucun doute de l'administration de Robert Kotcharian, le président, même si le contexte international a beaucoup joué.
Sinon l'Arménie a commencé début avril à retirer de la circulation tous les billets inférieurs à 500 drams. Ils sont remplacés par des pièces, d'excellente présentation. Ceci pour réaliser des économies car les pièces s'usent moins vite que les billets.
En information moins positive on notera le décrochage d'une cabine du téléphérique d Erevan début avril. Sur 7 personnes, 2 ont survécu à la chute de 17 mètres.
La météo aussi a fait encore parler d'elle. Début mars, on notait des records de chaleur. Début avril une vague de froid a décimé une bonne part des vergers d'Arménie. A Sissian, ville au nord de Goris, on parle de 90% de perte dans certains vergers d'abricotiers.

Commémoration du Traité de Kars du 16 mars 1921 signé entre la Turquie et la Russie, qui a entraîné le transfert des régions de Kars et Ardahan de l'Arménie à la Turquie, l'Abkhazie à la Géorgie, le Nakhitchevan à l'Azerbaidjan. On se rappellera des bombardements de l'Arménie par l'Azerbaidjan depuis le Nakhitchevan pendant la guerre du Karabakh, de la menace de l' Arménie d'intervenir dans la région pour les faire cesser, de l'intervention de la Turquie qui avait menacé d'utiliser une clause de ce traité pour lui permettre d'attaquer l'Arménie si elle intervenait au Nakhitchevan. Ensuite la Russie avait dit que si la Turquie intervenait c'était la troisième guerre mondiale qui commençait. Finalement cela s'était apaisé et les bombardements avaient cessé. Le débat d'aujourd hui porte sur le statut de l' Abkhazie qui, semblerait il, aurait aussi des clauses qui permettraient à la Turquie d'intervenir en cas d'opération de la Géorgie aujourd'hui. La question est de savoir si le traité de Kars perdra de son pouvoir si la Géorgie intervient en Abkhazie et que la Turquie n'intervient pas. Au final, ce qui est en jeu, c est en cas de reprise des hostilités entre l'Arménie et l'Azerbaidjan, quelles seraient les capacités d'intervention de l Arménie au Nakhitchevan si le besoin s'en faisait sentir.

Ceci nous amène au dossier Karabakh. Vartan Oskanian, ministre des affaires étrangères d'Arménie, vient de reprendre les paroles de son homologue du Karabakh, les négociations sont à un point où désormais rien ne peut être écarté tant la politique azérie sur le sujet est de moins en moins claire. Depuis 3 semaines on a déclarations sur déclarations dont le sens est difficile à comprendre. L' Azerbaidjan a finalement fait annuler la rencontre entre les ministres des Affaires Etrangères d'Arménie et d'Azerbaidjan prévue le 28 mars. On en annonce une nouvelle demain. L'Arménie attend de l'Azerbaidjan qu'il explique clairement sa position. Ce retournement s'explique par les élections présidentielles qui ont entraîné un changement de présidence en Azerbaidjan, plaçant le fils Aliev, Ilham, à la suite de son père, Aydar. L'Arménie a pour voisin une démocratie héréditaire! C'est nouveau, c'est azeri.
En attendant, la première ligne, celle qui met en contact les forces arméniennes et azéries connaît depuis quelques semaines une recrudescence des échanges de tirs. Pour le moment ce ne sont que des échanges, sans aucune victime déclarée de part et d'autre, mais la vigilance et les démonstrations de force et de fermeté sont de mise. Visite de journalistes sur les lignes et les fortifications, déploiement et exercices militaires sont assez courants ces temps-ci. Est-ce tous les ans, je ne sais pas. Et le ministre de la Défense du Karabakh de déclarer, "nos soldats sont motivés, bien entraînés, vous pouvez rester tranquilles et vaquer à vos occupations, nos villes et nos routes sont sous bonne garde.
Cette situation tendue dépend pour beaucoup de la position de la communauté
internationale et de sa fermeté à vouloir imposer à l'Azerbaidjan une résolution pacifique de la question. L'Arménie n'espère qu'une chose: la paix pour commercer et prospérer. Affaire à suivre.
Cette situation peut aussi évoluer en fonction de l'actualité internationale, dans le sens où elle peut donner prétexte et confiance à l'Azerbaidjan pour se croire tout permis. C'est à ce titre que les actualités qui suivent ont aussi leur importance.


La situation intérieure en Arménie : tendue.
Tout a commencé par le coup d'Etat "pacifique" qui a porté Saakashvili à la présidence de la Géorgie en novembre dernier. Depuis, un groupe d'illuminés en Arménie espèrent pouvoir adapter le même scénario en Arménie et pousser à la démission Robert Kotcharian. Ils organisent des manifestations au cours desquelles ils vocifèrent contre l'administration Kotcharian. (Je ne les ai jamais entendus parler normalement). Au début c'était une tempête dans un verre d'eau, mais certains médias ont trouve bon de rajouter de l'eau (agence de presse Noyan Tapan par exemple qui utilise le site Armenews.com pour traiter de cette actualité). Et à présent on voit un peuple se scinder en deux, les pro et les contre. Le rôle d'une opposition c'est de contrôler l'action de l' Etat, d'en montrer les faiblesses, mais aussi de faire des propositions constructives. Armenews.com rapporte que 39 % de la population souhaite un changement de pouvoir. J'en déduis que 61% sont soit neutres soit contre un tel changement. Mais je n'ai jamais entendu qu'une seule proposition: " Kotcharian, Sarkissian (ministre de la Défense) dehors ! " Est ce constructif ? Ce qui est reproché à Kotcharian c'est d'être Karabakhtsi et de s'être entouré de Karabakhtsi pour travailler. Jacques Chirac, ne s'est il pas lui aussi entouré de Corréziens? On s'encadre de gens qu'on connaît.
On parle d'arrestations arbitraires. Le principe est comme en France d'une certaine manière quand on entend que la police a arrêté 60/100 manifestants. En Arménie, des manifestants un peu trop agités sont arrêtés, gardés au frais le temps de la garde à vue, puis relâchés à la fin de la période autorisée. C'est ainsi que si 250 sont arrêtés un jour, ils sont relâchés dès le lendemain. L'Etat ne fait que protéger le pays face à ces dangereux énergumènes.
Sinon, pour preuve de leur action insensée, l'Azerbaidjan n'a de cesse de les féliciter. On dit même que si, aujourd hui, il y avait des élections en Azerbaidjan, et que l'opposition arménienne s'y présente, elle aurait toutes les chances de les remporter!!!!! Quant à la violence, je remarque que lors d'un meeting à Gumri les responsables n'ont rien fait pour éviter le lynchage d'un opposant (c'est-à-dire contre l'opposition).
Je ne vous ferai pas l'honneur de vous citer leurs noms, ils ne le méritent pas.
Pour vous rassurer, leur action est vouée à l'échec, la situation est sous contrôle des autorités, ainsi que l'a rappelé Vartan Oskanian hier. Le problème c'est la manière dont l'Azerbaidjan peut exploiter la confusion créée en Arménie pour expliquer à sa population que l'Arménie est faible et qu ils peuvent l'attaquer et gagner. C'est là le vrai danger de l'action de l'opposition.
Mais l'Arménie est forte, et se renforce de jour en jour. Et le Karabakh se repeuple, on en est à 18 500 personnes réinstallées à Latchine par les autorités de 1994 à 2001, 120 écoles dans 160 nouveaux villages construits. Source: journal Azg.
Au niveau international, il y a aussi l'Abkhazie. On a cru à une accalmie, mais le ministre de l'Intérieur de la région a expliqué que tout était prêt pour défendre
le territoire en cas d'invasion, par terre, par mer ou par air. On ne peut pas dire que ce soit très positif. On attend.
On a aussi l'Irak où la situation semble se compliquer. Si j'étais contre l'intervention dont on ne comprend toujours pas l'objectif de départ (peut-être parce que l'objectif était un des voisins de l'Irak et non l'Irak), je ne peux que soutenir désormais une normalisation pro-américaine de la situation. S'ils étaient forcés de reculer, ce ne serait que renforcer la motivation des plus extrémistes.

Sinon, en Arménie on suit aussi au jour le jour l'actualité d'Israël, on a aussi vu la démission de Raffarin (reconduit), la fermeture du métro de Paris en pleine journée pour cause d'alerte d'attentat...

Bon travail,
D'Arménie,
Armen
Huys Havatk yév Sér
r.armen@laposte.net

9. Façons de vivre des Arméniens d'Arménie : 13 avril 2004

L' Arménien appartient à une famille, le peuple arménien, sa Patrie, mais aussi à sa cellule familiale, les parents, frères et soeurs, oncles, cousins, belle famille. Et la famille est une unité sacrée, de la plus haute importance, le dernier carré quand il ne reste rien. Cette cohésion familiale se traduit des manières les plus diverses, et on peut dire que c'est elle qui permet de compléter ce qui est devenu une phrase culte en Arménie "il n y a pas de travail" par "mais il y a de l'argent" (cf prochains sujets). Et de ce fait, chacune des étapes de la vie sont l'occasion de fêtes , et en premier lieu le mariage qui plus que d'être une étape, est perçu comme un objectif. A un célibataire, la question qui vient naturellement, c'est "pourquoi", et d'autant plus si la fille a plus de 25 ans, ou si le jeune homme approche la trentaine. Cela vous étonnera, mais, à l'Institut où je suis mes cours, dans une classe, sur 20 filles (environ 20-22 ans), 9 sont mariées, une a déjà 2 enfants, une autre est enceinte, et une dernière vient de revenir en cours cette semaine après avoir accouché d'une petite fille. Dans une autre classe, une fille devrait accoucher dans très peu de temps aussi. Pour votre information, l'Institut laisse une autorisation d'absence de 40 jours, et les examens sont re-échelonnés. C'est-à-dire que l'Administration a mis en place une gestion de ces situations. Ce qui est significatif. Et puis sur le sujet, on peut dire que les Arméniens sont fiers de leur femme. Ils sont fiers de tout, et particulièrement de leurs femmes qui ont pour elles 2 jours fériés, le 8 mars (à l'occasion de la Journée internationale de la Femme) et le 7 avril, journée fériée encore, propre à l'Arménie, journée créée il y a 2 ans par Robert Kotcharian, le président ; le 7 avril est la journée de la maternité.

Et l'Arménien est festif, vraiment festif. Tout est bon pour aller boire un verre entre amis, organiser un repas, danser, chanter et réciter des textes ou des poèmes (ils sont spécialistes des récitations) pour les plus cultivés.
Manger est sacré en Arménie, mais il faut dire qu'on en a pour son appétit. Au repas, tout est mis sur la table, des entrées aux desserts, et tout se prend sans ordre particulier. C'est comme vous voulez. Quand les viandes sont prêtes (cuites au barbecue et appelées Kholovadz), elles se rajoutent aux autres plats. La table est de ce fait très riche, et en général, plus que de raison. Et quelque soit le niveau de vie de la famille, et d'autant plus que l'invité est de l'extérieur.

En accompagnement, on trouve le Oughi, alcool national appelé Teti oughi au Karabakh, c'est-à-dire, préparé à partir de mûres. (N.B. Il ne s'agit pas de mûres rouges ou noires, fruits de Morus nigra, mais de mûres blanches, fruits de Morus alba, qu'on appelle en arménien : touth ) Certains Arméniens le boivent comme du petit lait, et ce en dépit du pourcentage d'alcool. Il est bon de préciser que l'Arménien ne boit pas seul, mais toujours avec des amis, et en portant des toasts ("Kenats" à traduire "à la vie", équivalent du "santé" du français), à l'invité, à sa famille, aux parents.., aux femmes, aux personnes âgées,
et bien sûr au pays, à l'avenir, à la réussite d'une des personnes présentes.
Chaque verre se boit cul sec, on peut aussi n'en boire que la moitié, ou sauter une ou deux fois sa tournée, avant de renoncer à suivre les spécialistes. Autre précision, les femmes ne boivent pas généralement, exactement comme elles ne fument pas non plus (en général), alors que 80% des hommes sont fumeurs, c'est une culture nationale, mais l'Etat commence à mener des campagnes de prévention et d'affichage.
On a parle d'invités, et il faut, car l'Arménien est d'une hospitalité sans pareil. Vous êtes l'ami d'un ami d'un ami, alors vous pourrez rester loger chez la personne et être bien accueilli. En général, c'est ainsi, sauf quelques exceptions (certains se reconnaîtront ;-)). Et puis, quelle que soit l'heure à laquelle vous vous présentiez, la table sera toujours garnie de fromages, de pains, de fruits, de charcuterie et toujours deux choses: des bonbons pour accompagner le café, ou le thé (surtout dans le sud et au Karabakh).
Ils sont très grands consommateurs de bonbons, et il n'y a pas d'âge.
Et puis donc il y a le café. Pour vous dire l'importance que sa préparation et sa consommation peut avoir, il y avait eu polémique l'an dernier sur la manière dont la femme de Robert Kotcharian avait un jour préparé le café à la télé au cours d'une interview! Et puis dans les villages, les femmes pourront vous lire le marc. Attention certaines sont inspirées avec justesse.
Pour le thé, je pense que l'habitude est venue des Anglais qui sont restés quelques temps en Azerbaidjan vers les années 1920 et surtout en Iran aussi, pays avec lequel l'Arménie a d'excellentes relations.

L'Arménien aime la musique et chanter. Tout est prétexte à chanter quelques paroles d'une chanson, un toast à un repas, une interview à la télévision, un mot particulier, ou simplement le plaisir de chanter. On monte la musique et on chante, ou on improvise un Dehol (un tambourin arménien) et on chante à capela. Et la musique est partout, sous toutes les formes. Dans la rue, en voiture, à la maison, l'Arménie est musicale. Et le jazz et le classique ont une place de choix. Par exemple il y a un programme hebdomadaire sur la musique classique en Arménie.
Il y a beaucoup d'autres choses à dire, mais nous y reviendrons au fur et à mesure. Comme la place centrale des enfants, l'importance de l'armée (dans son sens positif), les références excessivement nombreuses a l'héritage culturel du peuple arménien, à l'importance du français, de la France et de la culture française. Nous reviendrons en détail sur ce dernier point la semaine prochaine. Cela mérite le détour, et en particulier à Goris, une ville francophile voire francophone de premier plan.
En résumé, l'Arménien est un bon vivant, travailleur, cultivé, attaché à sa terre, serviable, hospitalier, reconnaissant envers ses pères.

Bon travail,
D'Arménie,
Armen
Huys Havatk yév Sér
r.armen@laposte.net

7 et 8. J'attends tous ceux qui m'ont déjà dit qu'ils allaient venir... - 7 et 8 avril 2004

Aujourd'hui, mercredi 7 avril, est jour férié en Arménie, et seulement en Arménie. C'est une fête créée il y a deux ans par Robert Kotcharian, le président. C'est le jour de la Beauté et de la Maternité. De fait, il est dédié à nos femmes. Le 7 avril, soit un mois après la journée internationale de la femme, journée elle aussi fériée en Arménie.

Jeudi 8 avril : correction :
Le 7 avril n'est pas jour férié, mais un jour de fête. ce jour-là tout fonctionne au ralenti, c'est ainsi que mon professeur est absent (d'où la possibilité de vous écrire le matin) et la maison des professeurs ne va fonctionner qu'une ou deux heures ce matin, les femmes peuvent prendre congé. On leur offre des fleurs, on leur fait des compliments... Hier, il a été organisé une fête à Goris en leur honneur. Pourquoi les hommes disent que les femmes sont belles plutôt qu'intelligentes? Parce qu'ils réfléchissent moins qu ils ne regardent ! (c'était le genre de discours entre deux morceaux de musique.)
Bonne fête donc en ce jour où vous êtes nos reines.

Du français à Goris :

Goris vient de recevoir une délégation de la ville de Vienne (dans le cadre du jumelage entre les deux villes).

Faisons un point sur le français à Goris.
Le français est enseigné dans tous les établissements de la ville de Goris. Et ce depuis des générations. Tout le monde dans la ville connaît plus ou moins bien le français pour l'avoir appris à l'école, du chauffeur de taxi au professeur de mathématiques, au maire… Et cela n'est pas la conséquence du jumelage, récent (depuis 1999). Le français est un élément de la ville de Goris (25 a 30 000 habitants).
Il y a 6 écoles à Goris (élèves de 6 à 16 ans) et un institut technique (post-école). Dans les écoles, le français est enseigné par 12 professeurs à partir de la classe de 4eme (élèves de 10 ans) à raison de 2 à 3 heures par semaine. A l'Institut, les élèves n'étudient qu'une heure par semaine, 2 ans seulement; le niveau est très faible. En ce qui concerne les effectifs, plus de 1 000 élèves apprennent le français dans les écoles..

A noter que la forte concurrence de l'anglais tend à inverser la tendance dans cette ville, il y a encore peu (deux ou trois ans), 100% "francophone" ; une diffusion de l'anglais principalement due à l'action locale du gouvernement américain qui investit beaucoup depuis quelques années, alors que la France semble totalement inactive. Le gouvernement américain envoie depuis 2 ans 6 permanents américains qui travaillent sur place avec des moyens très importants. Un travail dans le secteur de la santé, un pour la protection de l'environnement, un pour le développement de l'économie, 3 pour enseigner l'anglais, et un pour coordonner le travail pédagogique en direction des professeurs. Par exemple, pour l'économie, ils interviennent au business guentron (centre d'affaires) et conseillent les gens pour développer un commerce, pour leur donner la possibilité d'écrire des lettres sur ordinateur, d'envoyer des fax, d'utiliser Internet. Il y est mis aussi des livres à leur disposition, mais en faible quantité. Par contre, il y a la maison des professeurs, d'où j'écris. C'est une maison qui a été entièrement rénovée sur des fonds d'organisations étrangères et américaines. C'est le résultat du travail de son directeur, Ardashes Torosyan.

La maison des professeurs est désormais largement assistée par les fonds américains, puisque c'est un centre de travail de l'équipe américaine ici présente. La maison dispose de matériels modernes, elle donne des cours d informatique aux professeurs, aux élèves, participe au programme national de "l'Ecole démocratique" (on verra si on pourra y revenir, c'est un programme très intéressant qui semble réussir à impliquer les élèves dans la vie de leurs écoles). Elle met aussi à disposition la meilleure connexion Internet de tout Goris… Elle a un site Internet: htpp://www.syunikedu.am
Il y a plus d'une dizaine de salariés. Il font un travail qu'on peut qualifier de très important en portant assistance aux professeurs de la région du Syunik.

A Goris, les élèves qui souhaitent poursuivre l'apprentissage du français partent étudier à l'Institut Prussov d'Erevan (Institut des langues étrangères d'Arménie). Aujourd'hui, il n'y a aucune structure pour assurer la continuité, voire même la simple présence de la culture française à Goris. Il n'y a aucune bibliothèque, aucune possibilité d'offrir autre chose que de vieux manuels mal adaptés (qui font l'unanimité parmi les professeurs pour leur manque d'intérêt pédagogique; je confirme). Le niveau des professeurs pâtit d'ailleurs de l'absence de lien avec la France, voire seulement de francophones. Pour travailler, les professeurs ne disposent que de leurs apports personnels (un manuel de Russie ou une cassette vidéo de France achetés par le professeur lui-même, un vieux manuel ressorti des placards...).

Les manuels dont ils disposent ont été donnés par deux femmes qui sont venues un jour à Goris. Personne n'a pu m'expliquer qui elles étaient, ni d'où elles venaient…
Ce qui me fait réagir, c'est de voir que c'est une ville où la francophonie est naturelle, depuis des dizaines d'années (tous les habitants ont suivi des cours de français), mais que c'est une ville complètement oubliée dans les projets que la France a en Arménie. Certes l'Université française est un grand projet, mais on pourrait peut-être aussi préserver ce qui existe déjà, et à bien moindre frais en plus.

L'Université française est une réalisation en cours de très grande ampleur, à l'image de l'Université américaine ouverte déjà depuis plusieurs années. L'enseignement est en français, et prépare les étudiants à l'économie, au droit, à l'interprétariat.

A bientôt,
Armen
Huys Havatk yév Sér
r.armen@laposte.net

6. De l’identité arménienne - 29 mars 2004

Si les Arméniens ont lutté contre la soviétisation, elle a néanmoins sauvé l'Arménie, et les régions de Kars et Ardahan (aujourd'hui en Turquie) l'auraient aussi été si elle avait eu lieu quelques semaines plus tôt.

Tout d’abord, il faut préciser qu’on ne devient pas arménien, on l’est ou on ne l’est pas. L’ important est dans le sang. Avoir un nom arménien c’est mieux, mais ce n’est pas l’essentiel. Ce qui importe, c’est “a-t-on du sang arménien?” Ainsi, aux yeux d’un Arménien, une personne ayant des origines arméniennes sera toujours vue comme un Arménien, comme Agassi ou Prost qui n’ont jamais affiché une quelconque sensibilité quant à leur origine arménienne.
De la même manière, on est ou on n’est pas arménien d’Arménie, cette fois par la terre. D’où la question qui m’a souvent été posée: “tes parents sont-ils d’Arménie?” En répondant négativement, de fait, je me fais étiqueter d’étranger et de “français” ; nul besoin de s’en offusquer, c’est ainsi, et non le trait d’une moins bonne considération, bien au contraire. Mais on reste de fait étranger, c’est-à-dire n’appartenant pas à la terre. Par contre, une personne dont l’un des parents serait d’Arménie serait d’office Arménien d’Arménie, c’est-à-dire comme revenant sur ses terres.

Après l’appartenance à un même groupe, à une même terre, on en arrive à la langue. Qui parle arménien a de l’arménité en lui. Un auteur arménien n’a-t-il pas écrit “aynchap lezu gites, aynchap mard es” (autant de langues tu connais autant d’hommes tu es). D’ailleurs, à bien y regarder, la langue est le seul vrai lien entre les Arméniens du monde entier. Et si la langue est orale, elle est aussi écrite, et ce par un alphabet qui lui est propre, un alphabet créé pour l’arménien par Mesrop Mashtots en 405, et seulement utilisé pour écrire une autre langue. Et chose remarquable aussi est de constater que comparativement à d’autres langues, il n’a subi que très peu d’évolution, seules deux lettres ont été rajoutées (au XIIIème siècle sous l’influence des Français (le f et le o)) présents en Cilicie, à l’époque du royaume arménien de même nom et utilisant cette région comme base arrière des Croisades.
A l’origine, le projet était de traduire la Bible dans un alphabet, accessible au peuple, qui permette d’éviter son hellénisation progressive, puisque les textes à l’époque étaient lus en grec. Donc on le voit, ce qui a motivé cette grande oeuvre fut un impératif d’identité. La langue est un facteur fort d’identité, perdre son usage c’est aussi perdre une part de son identité. La langue est un instrument de la préservation et du rayonnement des peuples. On le voit aujourd’hui avec l’anglais qui est une véritable arme au service du rayonnement des Etats-Unis ou du russe dans les Républiques ex-soviétiques, qui est pour la Russie un enjeu de première importance pour assurer son rayonnement.
L’alphabet créé par Mashtots est une oeuvre sacrée, ou considérée comme telle, car il ouvrit à l’Arménie les portes de la connaissance. En effet, le Vème siècle est aussi appelé Siècle d’Or de la littérature arménienne car il fut riche en traductions d’ouvrages du monde entier. Aujourd hui, les manuscrits ainsi copiés, et recopiés, sont gardés au Maténadaran (Bibliothèque des manuscrits à Erévan, la capitale de l’Arménie), et ces manuscrits font la fierté de tout le peuple arménien à travers le monde. Ils sont un trésor national. Ils sont la preuve écrite des époques les plus prospères que connut le peuple arménien, car quand le peuple arménien prospère, c’est dans la culture qu’il exprime le mieux sa richesse.
Comme dit plus haut, l’Arménien est chrétien, et ce depuis 301, grâce à un moine, Grégoire Loussavoritch qui parvint à faire élever la religion chrétienne au rang de religion d’Etat en Arménie. C’est-à-dire que l’Arménie est le premier Etat chrétien au monde. La fosse où il fut enfermé pendant 14 ans se situe dans le monastère de Khor Virap, face au mont Ararat, et est toujours visitable. Désolé, mais je vous passe les détails de la christianisation. Ainsi l’Eglise est-elle une institution en Arménie ; en parallèle avec l’autorité civile, on trouve l’Eglise, une Eglise autocéphale, c’est-à-dire non affiliée à d’autres Eglises, même si elle peut en être plus ou moins proche. Souvent, dans l’Histoire, le Catholicos, le chef de l’Eglise arménienne, est devenu le représentant du peuple auprès des autorités qui ont régné sur l’Arménie.

Au niveau monuments, l’église est le monument arménien par excellence, une marque d’occupation du territoire. Là où l’Arménien s’installe, il construit une église. S’il construit une église sur un territoire, c’est que ce territoire est arménien, c’est-à-dire peuplé d’Arméniens. il n’y a pas d’église sans communauté arménienne. Et inversement partout où nous trouvons des églises arméniennes, alors il a habité ou habite toujours des Arméniens. Et impossible de confondre car l’architecture d’une église arménienne est tout à fait particulière.
Ensuite, l’Arménie a un monument qui lui est propre: le Khatchkar, (Khatch=croix et kar=pierre; ainsi pourrez vous faire votre traduction). L’Arménie est le pays des pierres (Karastan en arménien), pour le pire, mais aussi pour le meilleur. Et les Khatchkars en sont la preuve. Plus ou moins riches, plus ou moins ornés, plus ou moins grands, faits avec du tuf (pierre volcanique, le Mont Ararat est un volcan éteint, d’où sa forme). Au Nakhitchevan, près de la ville de Djoulfa , en Azerbaidjan aujourd’hui), il y avait encore 10 à 12 000 de ces Khatchkars (le plus grand cimetière arménien) dont la plupart plusieurs fois centenaires, un vrai patrimoine ! Depuis 1990, les autorités locales azéries le détruisent au bulldozer, au vu et au sus de tout le monde, les bulldozers ont été filmés en action par les garde-frontière iraniens. Aujourd’hui, il n’en reste que quelques centaines, peut-être 500. Aucune organisation internationale n’a jamais réagi. et le massacre continue, car plus que des pierres, c’est un peuple qu’on assassine à la racine, après l’avoir forcé au départ. Le Nakhitchevan ne compte plus aucun Arménien résident, il y en avait encore 50% de la population en 1920. Le Karabakh allait subir le même sort, mais le Nakhitchevan est une plaine difficile à défendre.

Comme dit au début, la terre a une importance énorme. Quand l’Arménien la quitte, il ne déménage pas, il se déracine. L’Arménien, comme tout peuple en fait, appartient à une terre, de l’Arménie orientale ou occidentale (celle vidée par le Génocide de 1915). Qui dit appartenance dit défense de la terre. Et la cavalerie arménienne a toujours eu ses lettres de noblesse.
En 50 av JC, Tigran le Grand (souverain d’un royaume qui allait de la Caspienne à la Palestine) ne fut vaincu par Rome qu’après avoir mis en déroute une première armée, celle de Lucullus.
En 1045, le royaume d’Arménie tombe, suite aux attaques répétées des Byzantins et des Turcs. Ani, la capitale ne sera prise qu’après trahison. Ensuite, la République de 1918-1920 ne tomba que sous le poids de l’armée soviétique alors qu’elle luttait déjà contre les Turcs à l’ouest, et à l’est les futurs Azéris. Mais cela ne suffit pas, et en février 1921, le Syunik (la région de Goris) s’érige en République autonome de la Montagne. Elle tiendra jusqu’à fin avril, le temps pour Moscou d’en finir avec les Géorgiens. Ainsi comprendrez-vous mieux que dans chaque école nous trouvions les portraits des fedayins (combattants de la Liberté) qui ont participé à ces hauts faits.
Ensuite on a eu la deuxième guerre mondiale. Et l’une des marques les plus fortes de la participation arménienne est que le Karabakh, à lui seul a donné 20000 morts (soldats tombés sur les différents fronts). et cela s’est confirmé contre l’Azerbaidjan (7 000 000 d’habitants) que le Karabakh avec 150 000 conscrits Arméniens (y compris ceux de l’Arménie et de la Diaspora) a mis en déroute envers et contre toute logique en 1994. L’Arménie était dans la pire des situations (sans essence, sans électricité, avec des centaines de milliers de réfugiés du séisme de 1988, et les réfugiés d’Azerbaidjan). Ce fut un accès à l’indépendance dans la douleur mais victorieux.

La suite au prochain épisode.
En attendant, sachez que le printemps a sorti le bout de son nez, que les arbres fleurissent, que les champs sont remis en culture. Que la vie reprend.
A bientôt,
Bon travail a tous,
Armen
Huys Havatk yév Sér
r.armen@laposte.net

5. Actualités du 20 mars 2004 en Arménie


Non l’Arménie n’est pas une aventure, non il ne faut pas de courage pour y rester dans les conditions où j’y reste (c’est-à-dire avec un peu plus souvent de neige et de brouillard que ce que l’on peut avoir en France). Non ce n’est pas difficile, c’est au contraire très agréable, j’y prends du plaisir tous les jours, je m’y sens très bien depuis bientôt un mois et demi. C’est juste différent, la vie se déroule juste à un autre rythme que celui de France. Mais il semblerait que cela ne paraisse pas dans mes écrits. je ne m’attendais pas à autre chose, peut- être même que mon imaginaire me faisais attendre plus de surprise. En Arménie, rien ne se passe comme en France, mais ce n’est pas moins bien. Et même, sur bien des points, ce n’est pas plus mal. En France, on a peut-être perdu le vrai sens des choses. Pour moi, le fait d’avoir ou non de l’eau tout le temps, n’est pas le plus important, c’est anecdotique. Il y a une chaleur humaine incomparable. C est aussi cela l’Arménie. Mais comment écrire la chaleur humaine? Pour vivre l’Arménie, rien ne vaut de la visiter. Et déjà j’en attends quelques-uns qui m’ont dit qu’ils viendraient…

Voici en résumé les sujets importants qui ont émaillé la vie de l’Arménie ce dernier mois.
Chose étonnante peut-être, mais il est paru dans la presse plusieurs articles sur la fermeture possible du collège arménien Melkonian de Chypre, géré par l’UGAB. Finalement il a été décidé de le vendre, cela a pris une page entière de journal, puis le jour suivant, cela a fait la une du journal Azg. Hier, le même journal consacrait plus de 2 pages pleines sur le sujet.

Les tempêtes:
Il y a eu une tempête et des inondations la semaine dernière dans toute l’Arménie (y compris le Karabakh). A Goris aussi il y a eu beaucoup de vent, 2 jours durant. Tout le pays a été touché, des toits ont été arrachés, des dizaines d’habitations et d’immeubles ont été dégradés. Le gouvernement a débloqué plusieurs centaines de milliers d’euros pour permettre de réparer les bâtiments publics et aux habitants de réaliser les premiers travaux et d’être indemnisés.

Hausses:
Sinon, les Arméniens ont eu droit à diverses hausses, dont celle assez spectaculaire de l’eau qui est passée d’environ 50 drams (environ 10 centimes d’euros) le mètre cube à 90/100 drams environ (en fonction des villes). Ceci afin de permettre aux sociétés gestionnaires de rénover les installations. Certaines d’entre elles demandaient des hausses jusqu’à 120 drams.

Statistiques :
Il y a eu aussi la publication des statistiques de l’année 2003. On y apprend que par rapport à 2002, le nombre de mariages est en hausse de 10%, que les naissances sont passées d’environ 31 000 en 2002 à 35 000 en 2003. Ce qui fait de l’année 2003, la première année où le taux de natalité a augmenté. C’est une bonne nouvelle pour l’avenir du pays, mais qui traduit aussi, d’une certaine manière, une certaine confiance en l’avenir. Dans ce contexte, le taux de migration est lui aussi légèrement positif semble-t-il, ce serait ainsi la première
année depuis l’Indépendance. Le journal d’opposition Iravounk (droit), lui,
met en avant le fait que 0.6% de la population n’a pas reçu le strict minimum de l’éducation à l’école.

Karabakh:
Ces dernières semaines l’actualité sur le sujet est riche et en particulier sur le plan des négociations de paix. Il est impossible ici de faire le détail de toutes les rencontres qui ont lieu. Mais citons par exemple, la venue fin février au Karabakh du rapporteur pour l’Union Européenne Terry Davis, les rencontres du ministre des Affaires étrangères Ashot Ghulian avec la presse et des représentants du groupe de Minsk (le groupe chargé d’encadrer les négociations entre l’ Arménie et l’Azerbaidjan), idem pour le président du Karabakh Arkady Ghukassian et le ministre des Affaires étrangères d’Arménie... Serait-ce une nouvelle relance du processus de paix? Une rencontre Kotcharian (président d’Arménie) Aliev fils (président d’Azerbaidjan) est prévue à Prague prochainement. Mais comme le rappelle Arkady Ghukassian, les négociations ne pourront aboutir qu’avec la participation du Karabakh. Et à ce jour, l’Azerbaidjan reste fermé à tout changement de format. En fait, il semble même faire marche arrière. Le journal Azg a détaillé un peu plus les accords de Paris signés en 2001. Le deuxième article stipule que le Karabakh devient territoire d’Arménie et qu’il est relié par le détroit de Latchine. En contre-partie, le Nakhitchevan (une région autonome d Azerbaidjan) devait obtenir la gestion d’une bande est-ouest de 9 mètres de large (la route) pour lui permettre d’être relié à l’Azerbaidjan. Aliev s’apprêterait à refuser cet accord obtenu entre son père (Aydar Aliev ex -president d’Azerbaidjan) et le président arménien.


Ensuite, en insolite, on peut citer le tournoi d’échecs qui vient de se dérouler à Stepanakert. C’était le premier du genre à Stepanakert puisque s’y sont retrouvés plusieurs Grand-Maîtres internationaux dont un de Suisse et plusieurs de Russie, ce qui en a fait un tournoi international (pas mal pour un pays non reconnu). Comme tout le monde s’y attendait, l’Azerbaidjan a protesté, mais cela n’a pas empêché les joueurs de poursuivre le tournoi. D’ailleurs, au lendemain des protestations de l’Azerbaidjan, le journal Azg titrait “un Tournoi dispute”.


Politique intérieure:
L Arménie vit au rythme des visites des hommes politiques de tous bords dans les villes et villages du pays. Inspirée par ce qui s’est passé en Géorgie, l’opposition veut renverser le pouvoir en expliquant que le gouvernement n’est pas bon, mettant en avant les conditions de vie difficiles. Les ministres en tournée font les détails des subventions et aides accordées et des améliorations en cours (comme l’eau courante 24H/24 dans toute la capitale qui est en train de devenir réalité). La visite de la région Ararat a été l’occasion d’expliquer (travaux sur le terrain à l’appui) que le gouvernement finançait 27 projets dans la région (à Erevan, la réfection des écoles se fait à un rythme soutenu du sol au plafond) et que la ville d’Armavir et 10 villes alentours allaient avoir l’eau potable tous les jours dès le 15 mai prochain, 24H/24 pour les 27 000 habitants
de la ville d’Armavir dès septembre prochain et les villages alentour dès le
début de l’année prochaine.
On se croirait en campagne. Lors du détail du travail de la semaine du Parlement (à la télé), nous avons eu droit à la revue de détail de chaque représentant des groupes parlementaires. Pour vous donner un aperçu, Artashes Gueramian (de l’opposition) demandait à Robert Kotcharian (le président de la République) et Alexandre Haroutiunian (président de l’audiovisuel) de démissionner. ;-)

Politique extérieure:
Mikhael Sahakashvili, nouveau président de Géorgie, a visité l’Azerbaidjan puis l’Arménie la semaine dernière. Avec l’Azerbaidjan, il est certain de pouvoir “réaliser des miracles dans la coopération” (discours en Azerbaidjan). Se recueillant sur la tombe du président défunt Aydar Aliev (père de l’actuel, c’est-à-dire qu’on a en Azerbaidjan une démocratie héréditaire), il a loué le travail de coopération qu il avait réalisé, précisant que l’Azerbaidjan ne s’était jamais aussi bien entendu avec ses voisins que sous ses mandats!!! (on ne citera pas la guerre avec l’Arménie). Il travaille énormément pour relever le Djavakh (région peuplée d’Arméniens en Géorgie) et pour rouvrir la voie ferrée entre l’Abkhazie et la Géorgie (il fait un “travail surhumain” y mettant toute son énergie) (pour l’ Arménie, la fermeture de cette voie ferrée gêne considérablement le commerce avec la Russie avec qui elle n’a donc pas de liaisons terrestres directes (comment voulez vous vendre des tomates en les livrant par avion? ou faire parvenir des métaux lourds pour développer l’industrie). Et enfin, Saakashvili veut favoriser l’intégration des pays du Caucase. On peut dire que c’est son grand programme, promouvoir les échanges entre chacun des pays tant économiquement qu’au niveau des échanges diplomatiques. C’est ainsi qu’ il explique qu’il attend de l’Arménie qu’ elle l’aide à établir de bonnes relations avec la Russie, et qu’il présente la Géorgie comme un intermédiaire privilégié pour réchauffer les relations arméno-turques... Il compte aussi s’inspirer de l’Arménie pour mettre à niveau son armée. Mais déjà, il a décidé de renforcer l’autorité de l’Etat géorgien en mettant un terme à l’autonomie de certaines régions. On a parlé un temps qu’il se lance à l’assaut de l’Adjarie. La Russie avait officiellement fait savoir à la Géorgie qu’elle ne devait pas intervenir en Adjarie. L’Arménie a de bonnes relations avec l’Adjarie d’Aslan Abashidze (président de cette région devenue autonome de la Georgie) et avait fait savoir à la Géorgie que le blocus de l’Adjarie qu elle venait de mettre en place pouvait nuire fortement à l’économie arménienne, puisque le port de Batoum (principale ville d Adjarie) est le port du Caucase. Finalement, on a eu droit à un feu de paille. Les choses sont en train de revenir dans l’ordre.


Enfin, il est une actualité qui ne concerne pas l’Arménie, mais qui tient une place importante dans les journaux télévisés: les derniers événements en Europe, du métro de Paris dont tout le monde m’a parlé à Goris, à l’attentat à Madrid. Début/mi-février, les questions portaient sur le foulard. D’une manière générale les Arméniens ne comprennent pas comment le problème peut se poser vu que la France est un pays chrétien. Un peu comme l’Arménie, qui est certes laïque dans les textes, mais profondément chrétienne, où par exemple la
laïcité arménienne permet l’affichage (obligatoire) dans toutes les écoles de
la photo du Catholicos des Arméniens, Karekine II. Aussi, une France laïque oui, mais chrétienne. Et ils ont bien du mal à concevoir la stricte neutralité de l’espace public et donc la tolérance possible du foulard.
En tous les cas, ils restent profondément intéressés par l’actualité internationale, et le sport, avec Zidane, Ronaldo, Bekam... dont ils suivent les exploits. D’ailleurs les matchs de Zidane sont retransmis en intégralité à la télévision.

Je terminerai par une pensée très forte pour le peuple serbe que la communauté internationale s’est efforcée d’écraser durant les 15 dernières années envers et contre leurs droits. Ce qui se passe aujourd’hui n’est que le résultat d’une mauvaise gestion au jour le jour, et non sur la durée, une gestion qui aurait dû prendre en compte les évolutions dans le temps et non les poussées temporaires. Un territoire serbe est en train de disparaître de la carte. Le problème c’est qu’aucun de nos pays occidentaux ne se sentira jamais responsable.
Cela va en étonner certains, mais je ne peux m’empêcher de faire le parallèle entre les Arméniens qui ont pu préserver le Karabakh en 1994, et les Serbes qui sont en train de connaître un nouveau Nakhitchevan, après ceux des années 1990 (relisez bien les journaux d’époque, on leur a refusé ce que l’on a accepté aux autres, c’est cela l’origine des problèmes actuels). De part et d’autre ce ne sont que les héritages d’une mauvaise gestion d’un Empire Ottoman qui n’a jamais disparu totalement. au moins dans l’ idée.

Bon travail,
D’Arménie,
Armen
Huys Havatk yév Sér
r.armen@laposte.net

4. Goris et la communication - le 16 mars 2004

Désolé, il n’y a pas eu d’envois depuis quelques jours, mais l’Internet est à l’image de la ville de Goris.
Le premier jour, j’avais mis plusieurs heures avant de trouver ce qu’on appellera un cyber-café, c’est-à-dire ce qu ils appellent le Business Center.
Il a un tel nom car c’est un des seuls endroits de Goris où l’on trouve réuni en un même lieu, un téléphone (seulement pour appeler Goris), un fax, une photocopieuse et 3 ordinateurs dont un seul est connecté à Internet. Leur travail est d’offrir à la population un ensemble de services pour les aider à créer leur entreprise. On y trouve donc quelques livres sur le marketing, environ une quarantaine, et des personnes libres (3 jeunes de 20 à 28 ans) pour les aider à rédiger des lettres et réaliser toutes sortes d’opérations. Donc ceci fut mon premier cyber-café. C’était le temps où vous receviez des mails d’Arménie (de ma part). Ensuite leur connexion n’a plus fonctionné. Donc je me suis mis en quête d’un deuxième endroit.
Et j’appris qu’il existait un cyber-café, en bonne et due forme, mais que je n’avais jamais vu alors même qu’on me le situait en face du marché (il n y en a qu’un à Goris, il ne compte que quelques étalages, pour ceux qui connaissent, c’est tout l’inverse de celui de Stépanakert au Karabakh).
Finalement, à l’étage d’un bâtiment, derrière une porte, que trouve-t-on?
Un cyber-café pensez vous, oui, à la Gorissoise! C’est-à-dire que vous avez une pièce avec des chaises où plusieurs personnes attendent que le seul ordinateur se libère. En fait, le problème, c’est que le lien est excessivement lent. Par exemple pour seulement ouvrir la première page et voir si l’on a reçu ou pas des mails il faut attendre plusieurs minutes. En gros, on se retrouve à l’âge de pierre de l’Internet. En fait, cette lenteur est due aux ordinateurs utilisés qui sont des premières générations. Souvent ils n’ont même pas de lecteur CD. Finalement on arrive à envoyer des mails après de longues et dures batailles. Le problème c’est qu ils arrivent vides. Donc ils sont à renvoyer.
De telles difficultés amènent à chercher de nouveaux endroits. On parle beaucoup de l’Internet de l’ Institut technique. Le problème c’est qu’il est  à l’autre bout de la ville, mais bon, pourquoi pas?
En fait Goris c’est une ville très grande ( on en reparlera), avec de très grandes et larges rues, et que des maisons avec jardins. Pour vous résumer, Goris (toun=maison et bostan=jardin en russe pour utiliser les termes locaux) c’est Toun Bostan toun bostan toun bostan toun bostan bostan toun bostan toun bostan toun toun bostan toun bostan, et très peu de bâtiments. En gros, c’est un gros village où chaque maison a son propre potager, ses propres poules lapins et autres animaux d’élevages plus ou moins gros. Et bien sûr, dans ces conditions tout se retrouve éloigné. Le marché est à un endroit, l’Institut à un autre, l’Internet à l’autre bout, l’hôpital tout en haut, l’église tout en bas !
Donc direction l’Institut, rencontre avec le responsable Internet (en Arménie, il faut toujours rencontrer le responsable), et chose fantastique  l’ Internet fonctionne quasiment en vitesse normale (pour nous) à son  bureau. Car dans la salle où ils sont en réseau c’est bien le contraire et  45 minutes seront nécessaires pour envoyer un mail très court (qui arrivera).
Donc on abandonne toute idée d’utiliser l’Institut, surtout que l’accès est limité à une fois par semaine, une heure. C’est-à-dire à 1 mail 1 tiers.
Comment on fait pour le tiers?

Le mercredi, j’ai essayé de mettre en place des cours de français pour les professeurs de français de Goris. Finalement on n’est pas arrivé à tous se  réunir ensemble, mais ce n’est pas cela l’important pour notre récit. On a essayé de se réunir dans ce qu’on appelle l’oussitsitchi doun (la maison des professeurs). C’est une maison de deux étages qui sert de centre de formation pour les professeurs de Goris et du Syunik en général. Elle a été créée par son directeur actuel Artashes Torozyan. Il  s’y trouve une salle Internet. et c’est de là désormais que je vous écris. C’est un petit paradis à Goris. Pour vous dire, il y a des toilettes normales (c’est-à-dire comme vous avez chez vous et pas à la turque) avec une chasse d’eau qui fonctionne. Cela peut vous étonner, mais même l’hôtel où sont accueillis les étrangers n’a pas tout ce confort. Il n’a pas d’eau chaude, le chauffage, quand il y en a, est vraiment très faible !
Donc ce petit paradis a tout, et des ordinateurs neufs, des salles de cours très bien chauffées. Mais tout ceci a ses raisons, on en parle la prochaine fois. Il se trouve que le Américains sont excessivement actifs à Goris et terriblement efficaces. Tout ceci est offert et mis a disposition gratuitement tout comme d’autres choses. On en reparlera.

Depuis lundi dernier, il neige chaque jour plusieurs heures. Vendredi, il a neigé à gros flocons toute la journée. Mais pas un seul millimètre de neige n’a tenu, pas même sur les arbres. Le sol est chaud. Et puis dans la nuit, la neige a tenu. Goris s’est réveillée samedi matin avec plus de 20 cm de neige. La ville était magnifique. Très vite, cela a commencé à fondre, mais aujourd’hui, il s’est remis à neiger. C’est formidable de voir à chaque récréation dans les écoles d’immenses batailles de boules de neige, avec de la neige à ne plus savoir où en prendre.

A bientôt,
D’Arménie
Armen
Huys Havatk yev Ser
r.armen@laposte.net

 

3 - Visite de Tatev

Dans tout Goris, il n’y a qu’un seul ordinateur accessible connecté à Internet. Et il n’a pas de lecteur de CD rom, donc désolé, mais il faudra vous passer des photos qu’il est impossible de télécharger.

Après Zvartnots et Goris, nous voici à Tatev.

Pour ceux qui ne connaissent pas, c est un village connu pour le monastère de même nom qui a notamment abrité la famille Orbélian qui a régné sur la région du Syunik. Ce monastère est une sorte de nid d’aigle à 25 km de Goris perché au-dessus des gorges du Vorotan.

Ceux qui ont eu l’occasion de s’y rendre ne regrettent pas le déplacement. C’est vraiment une réalisation architecturale avec une importance historique de premier plan, mais aussi il s’intègre dans un paysage des plus grandioses. A voir.

Donc revenons à nos histoires. Après la chute de neige dont il a été question la dernière fois, la neige a très vite fondu, mais c’était pour installer un froid encore plus vif. La température est descendue au delà de –5 degrés et en journée le thermomètre n’a dépassé que difficilement les zéros. Tant et si bien que deux jours après il n’a neigé qu’un seul centimètre mais qu’il est resté en place plus de 2 jours.

Depuis hier cela s’est bien réchauffé. Mais si la neige tient et que les routes et les rues deviennent de véritables patinoires, c’est en raison de l’absence totale d’entretien des routes.

En France le problème ne se pose pas car les services de voirie sont efficaces. En Arménie, ce n’est pas la neige qui pose problème c’est l’intérêt que l’on ne porte pas (que l Etat ne peut pas porter) à nettoyer les routes. Le principe est de n’intervenir que lorsque cela ne passe plus. C’est-à-dire qu’en cas de force majeure.

Budgets obligent.

Ceci permet d’aborder les questions de chauffage et les différentes situations observées jusqu’à présent. Je tiens à préciser que la situation décrite ci-dessous ne correspond pas à celle de l’Arménie ou d’Artsakh. Cela est valable pour le Syunik, les autres villes étant généralement mieux loties.

Actuellement à l’hôtel, il est possible de dire qu’il n’y a rien de prévu pour accueillir un quelconque étranger. L’hôtel n’est pas chauffé, et les petits chauffages (les plaques de cuisson qu’ils utilisent pour préparer le thé et le café) qu ils appellent Brint sont largement insuffisants. Ainsi à l’hôtel, la température ne dépasse que difficilement les 10 degrés . Seules les chambres du personnel sont très bien chauffées, mais avec des poêles à bois. Il paraît que la

ville de Vienne avec laquelle est jumelée Goris va financer la

réhabilitation de quelques chambres.

A l’université de Goris, il y a du chauffage, mais vraiment de manière insuffisante. Tant et si bien qu’un matin où il a fait particulièrement froid, les cours ont été réduits à une heure au lieu d’une heure et demi. Personne ne quitte son manteau, et les explications des professeurs sont l’occasion de réchauffer les mains. Il y a certes des poêles à bois dans chaque salle de cours, mais ils ne sont pas suffisamment approvisionnés pour permettre de chauffer de si grands volumes. Seul le bureau du directeur et la salle des professeurs sont correctement chauffés.

Dans les écoles, la situation est tout autre. Les classes sont souvent assez bien chauffées, sauf quelques-unes qui le sont moins bien. Souvent les enfants quittent leur manteau pendant les cours, ceux ci se trouvant suspendus sur un mur de la classe.

Les appartements de Goris sont assez bien chauffés dans l’ensemble ou au moins pour les pièces principales. En effet, le Zanguezour est une région très boisée et peu peuplée ce qui permet aux habitants d’aller couper dans les forêts alentours le bois dont ils ont besoin pour leur poêle.

En tous les cas, dehors, les Djetgagochig sont de rigueur; ce sont des chaussures normales, c’est-à-dire en cuir noir, de formes plus ou moins pointues, au détail près que leur intérieur est une fourrure plus ou moins épaisse.

Bon travail a tous,
D’Arménie,
Armen
Huys Havatk yév Sér
r.armen@laposte.net

 

2. Arrivée à Goris samedi - 14 février 2004

Mardi à Erevan, le temps était nuageux mais sans pluie. Il faisait assez chaud, environ 2 degrés le matin et plus de 10° l’après midi.

Mercredi, même temps jusqu’ à trois heures. Il commença alors à pleuvoir, et en l’espace de quelques minutes le temps s’est rafraîchi, et il s’est mis à neiger. 10 centimètres de neige sont ainsi tombés en 3 heures de temps. Les routes sont devenues très difficilement praticables, et d’autant que ce n ‘est qu’à 19H que le premier chasse-neige est entré en action.

Dès le lendemain, la neige a commencé à fondre très rapidement. Le soir il ne restait plus rien sur les routes et dans les rues d’ Erevan, seuls les jardins et quelques trottoirs peu fréquentés restaient enneigés, chacun s’activant dès le soir même de la chute de neige à déneiger sa partie en poussant la neige sur la chaussée, neige que les allées et venues des voitures ont vite fait de faire fondre.

Vendredi les cols étaient réouverts, et en particulier celui du Vorotan qui permet d’accéder au Syunik, région qui même l’été peut être très difficilement praticable en raison d’épais brouillards. Jusqu’à Vaik, la route fut excellente, et d’autant plus que les déviations en cours de construction l’an dernier étaient mises en circulation.

Ensuite, il y a la montée du col et seuls les 2-3 derniers kilomètres avaient encore la trace de la dernière chute de neige, mais cela a passé sans trop de difficulté, et seuls les derniers 100 mètres étaient totalement recouverts de neige. Sur le plateau descendant, de l’autre côté du col, la situation était tout autre. Le temps était couvert et le vent soufflait fort. La moitié droite de la route était difficilement praticable, encombrée de congères alors que le côté gauche était juste enneigé. Bizarrement, plus le mashotni (mini bus) descendait la pente, plus la route était mauvaise. Au passage on voit une voiture dans le bas-côté. Et puis à un endroit un camion iranien qui montait s’est mis en travers, fermant le seul côté facilement praticable de la route. Le vent soufflait fort mettant plus de neige encore sur une route coupée et que le passage des voitures ne servait plus à déneiger, la température était largement négative, et la queue des automobiles bloquées s’allongeait. Seuls les 4X4 passaient en force dans de la poudreuse qui arrivait jusqu’à hauteur de leur pare-choc.

Le chauffeur du Mashotni part reconnaître les lieux, il revient et décide à son tour de passer en force. Ce qu’il réussit de justesse. Et la route continua, la chaussée évoluant entre totalement sèche, inondée de neige mouillée en train de fondre à vue d’oeil, avec des sections au contraire totalement recouvertes de neige. Ce fut ainsi jusqu’au début de la descente de Goris, une ville située en fonds de vallée. Un vrai trou.

On en reparlera.
A bientôt,
Armen

Huys Havatk yév Sér
r.armen@laposte.net

 

1. Voici un petit récit de mon arrivée en Arménie - 11 février 2004

L’ avion était rempli au tiers environ (un peu moins). Nous avons été débarqués sur le tarmak et avons marché jusqu’à l’entrée (100m environ).

Jusqu au hall d ‘accueil, je n’ ai vu aucun changement.

Le hall était beaucoup plus animé que d’ordinaire. Ils ont mis des jeunes avec des vestes fluo pour informer. Il y avait beaucoup plus de personnel de service que d‘habitude. Pour le visa (comparé à l’an dernier), les prix sont affichés clairement 30 dollars pour le touriste, et 20 pour le transit. L’an dernier, il n’ y avait qu’ un homme pour les faire, cette année ils étaient deux. A noter deux choses aussi: les formulaires à remplir étaient accessibles dans l’ avion, ce qui permet de le remplir en avance, et les feuilles étaient de belles photocopies et non des photocopies de photocopies quasi illisibles comme l’ an dernier.

Dans le hall, il y avait un Duty free (mais toujours pas de distributeur automatique de billets, il y a un point de change) et ils ont installé un écran (télévision) pour afficher les avions qui arrivent. Pour les visas, l ‘opération est informatisée, et les visas sont désormais imprimés, ils ne sont plus écrits à la main. Ensuite, la douane était en deux postes avec deux files de traitements à chacun. Le contrôle (avec des Russes) prend du temps, ils ont l’ air de bien vérifier l’ authenticité des passeports avec des lampes et ils flashent les passeports, peut-être pour les photographier (?). Le contrôle en France passe pour une formalité dans ces conditions.

Une fois passée la douane (le visa et la douane m ‘ont pris 15 minutes environ), il y avait des chariots en surnombre par rapport à la demande (même si l ‘avion était peu rempli, l’ an dernier, c ‘était la lutte pour obtenir un chariot de libre) et il y avait beaucoup de personnel pour aider. Mais ce qu ‘on peut dire, c ‘est qu ils ont commencé à décharger très rapidement les bagages, les passagers n‘ont pas eu le temps d ‘attendre.

Ensuite pour sortir, ce ne fut pas la cohue habituelle, la voie était laissée libre jusque dehors. Et il y avait le contrôle habituel des bagages pour veiller à ce que chacun reparte avec son bagage ( par rapport au numéro sur le billet).

Voilà,
A bientôt,
Armen

Huys Havatk yév Sér
r.armen@laposte.net