Le Liban entre Vérité et Justice

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Par Khatchig Mouradian, 24 juillet 2006
Traduction Louise Kiffer

Je suis pour la vérité, qui  que ce soit qui la dise
Je suis pour la justice, qui que ce soit qui soit pour ou contre.

Malcolm X

 

Le 12 juillet 2006, des combattants de l'aile droite armée du parti politique libanais le Hezbollah, ont lancé une attaque transfrontalière sur Israël, tuant et blessant de nombreux soldats israéliens et en capturant deux. L'opération avait été surnommée "True Promise" (Vraie promesse) il y a plusieurs mois. Le Hezbollah avait promis publiquement de capturer des soldats israéliens pour les échanger contre des prisonniers libanais qui moisissaient dans les prisons d'Israël, certains depuis plus de 25 ans.

Le jour même où les soldats furent capturés, Sayyed Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, déclara qu'il n'y avait aucune intention de sa part de commencer une confrontation à grande échelle, et que le seul moyen de libérer les soldats israéliens était des négociations indirectes  menant à un échange.

Israël, cependant, lança immédiatement une campagne militaire à grande échelle surnommée "Just Reward" (Juste récompense),  pour libérer les deux soldats. Le Hezbollah répliqua tout d'abord en bombardant les positions militaires dans le nord d'Israël, et éventuellement, comme l'armée israélienne commençait à bombarder les infrastructures libanaises et visait les civils, le Hezbollah commença à son tour à bombarder des cibles civiles.

Jusque là, Israël a ainsi "justement récompensé" les trois pistes et les dépôts d'essence de l'aéroport international de Beyrouth, tous ses ports de mer, la plupart des autoroutes et des routes reliant les différentes parties du pays, ainsi que celles menant à la Syrie, des dizaines de ponts du sud et de l'est du Liban, des usines, des camions, des ambulances, des installations de transmission TV, des milliers d'immeubles et de maisons. Plus de 360 civils ont été, en outre, "justement récompensés" en étant tués, et plus d'un millier ont reçu une moindre "récompense" en étant envoyés dans des hôpitaux, et quelque 700 000 personnes (estimées à 15 % de la population du pays) ont été "récompensées" par le statut de réfugiées. Le Président Bush a dit qu'Israël avait le droit de se défendre et à ce jour, les USA ont bloqué toutes les tentatives de la communauté internationale de mettre en place un cessez-le-feu. Le Hezbollah, à son tour, a essayé d'imposer ce que les media et experts arabes appellent "un équilibre de la terreur" en bombardant la partie nord d'Israël – principalement la cité portuaire de Haïfa – causant ainsi de nombreux morts et de blessés parmi les soldats et les civils israéliens.

Alors que le Coordinateur de Secours des Nations Unies Jan Egeland disait que le Liban souffrait d'une crise humanitaire "majeure" et qu'Israël était en train de violer le "droit humanitaire international", la Secrétaire d'Etat des USA Condoleezza Rice, se dirigeant vers la région le 23 juillet, ne semblait pas être très pressée. "Nous devons être certains que nous allons promouvoir le nouveau Moyen Orient, et non pas revenir à l'ancien"  a-t-elle dit.

Ce qui a commencé comme une opération pour libérer les deux soldats israéliens (si quelqu'un est assez naïf pour croire cela) est maintenant une guerre soutenue par les Etats Unis pour forger un "nouveau Moyen Orient".
Si cette rénovation est quelque chose du même acabit que les plans du "Plus Grand Moyen Orient" qui ont été appliqués de l'Afghanistan à l'Irak  aux territoires palestiniens, alors le Liban vient de commencer à descendre la longue route que l'administration Bush voit comme celle de la liberté, de la démocratie et de la sécurité, et, si le pays a assez de chance, dans trois ans à partir d'aujourd'hui, il sera aussi libre, aussi démocratique et en sécurité que, disons, l'Irak et l'Afghanistan le sont aujourd'hui.

Qu'est-il nécessaire de faire ? les tentatives de supprimer ou même de vaincre le Hezbollah sont de toute probabilité vouées à l'échec. Avec le degré de "localisation exacte" déployé par l'armée israélienne, le peuple libanais tout entier va être éliminé bien avant que le Hezbollah soit déraciné.

La mise en œuvre de la résolution 1559 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, et le désarmement du Hezbollah par la force sont voués également à l'échec. Que cela plaise ou non à l'administration américaine, à l'Occident en général, à quelques états arabes "modérés" et même à une majorité au Liban, le Hezbollah a un soutien massif non seulement parmi les Chiites, la plus importante minorité du Liban, mais également parmi certains Chrétiens, les Druzes, et les cercles politiques musulmans sunnites, qui sont extrêmement fâchés de l'ensemble des partis pris pro-israéliens de Washington, et du fait que l'administration Bush ignore les résolutions 242 et 338 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui déclaraient être au cœur de l'initiative internationale lancée à Madrid en 1991.

Toute initiative pour résoudre la crise immédiate au Liban doit comporter un échange de prisonniers entre le Liban et Israël (et probablement aussi dans les territoires palestiniens), la transmission par Israël des cartes de mines terrestres que l'armée israélienne a plantées au Sud Liban avant son retrait en 2000, et le retrait des troupes israéliennes des fermes de la Chebaa, qui, selon le gouvernement libanais et le Hezbollah, sont des terres libanaises. Et même après tout cela, ce serait une illusion de croire qu'une solution compréhensive et durable puisse être atteinte sans avoir trouvé une solution sincère et juste au conflit israélo-arabe.

 

Source: http://www.zmag.org/content/showarticle.cfm?SectionID=107&ItemID=10634

Khatchig Mouradian est un écrivain arméno-libanais, traducteur et journaliste. Il est rédacteur au journal quotidien Aztag, publié à Beyrouth.
On peut le contacter à khatchigm@gmail.com
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