A la mémoire du héros Kévork Tchavouch

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Par Roupen Zartarian - Publication de l'Université d'Erevan, Erevan 1992.

Nous devons à Roupen Zartarian la réédition de cette brochure publiée en 1907 à Genève.

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Kévork Tchavouch
 

Zartarian suivait avec un vif intérêt les mouvements héroïques du Plateau touranien et éprouvait une grande admiration pour les actes de bravoure extraordinaires de Kévork Tchavouch.

Le 27 mai 1907 eut lieu le combat du front de Souloukh. Kévork fut gravement blessé à la poitrine et le 28 mai ce volcan de Sassoun s'est éteint.

Un mois plus tard exactement, le 27 juin 1907, R. Zartarian écrivait, dans "Razmig" : "Le héros invulnérable est donc mortel aussi. Les larmes nous étouffent. Ceci n'est pas une mort, mais l'obscurcissement du soleil de tout un monde, l'écroulement de la terre de Sassoun et de Daron. A peine dans le dernier quart du siècle une mère arménienne avait-elle posé sur son sein un demi-dieu à la physionomie si parfaite, si merveilleux d'audace, de dévouement, de force héroïque inépuisable, et si doué de qualités divines."

     

La date du 27 mai fut fatale au mouvement de libération arménienne dans le combat sanglant du front. Le sacrifice de Kévork symbolisa le 28 mai comme une date d'indépendance, une offrande pour la liberté et l'indépendance de l'Arménie.

Onze ans plus tard, le 28 mai 1918, le bras vigoureux arménien allait repousser le front de Sardarapat, selon le présage de Kévork Tchavouch, faisant du 28 mai la date de l'indépendance, et allait laisser un éternel pavoisement sur les cendres d' "Aslan" (Le Lion).

Dans la bataille du 27 mai 1907 tombait le chef religieux Keussé Binbashi, le tout puissant commandant des forces turques. Son enterrement s'effectua avec la fanfare militaire. Le lendemain, on rapporta à Mouch le corps de Kévork Tchavouch pour qu'on sache que le héros arménien fut un martyr.

Les funérailles du héros s'accompagnèrent d'un cortège d'élèves et de religieux, selon l'organisation gouvernementale. Les habitants de Mouch se retirèrent dans leurs maisons, par crainte d'un massacre; et ce qui est étonnant, la fanfare gouvernementale suivit le cercueil de Kévork, jouant la Marche funèbre de Chopin, comme elle avait fait pour le commandant turc.

Kévork fut enterré au pied de Djiringadar, dans le cimetière arménien. Les Turcs se calmèrent. Kévork le tempétueux n'existait plus pour eux. Les Arméniens ne croyaient pas que l'Aslan des cimes fût tué. Et dans les jours sombres, ils attendaient toujours que sa voix se fasse entendre des monts du bord de mer.

Quand la nouvelle de la mort héroïque de Kévork Tchavouch arriva en Bulgarie, Antranig fut grandement ému. Hratch Zartarian en témoigne dans un mot adressé à moi récemment : "Antranig, qui souffrait d'une crise de rhumatisme aigu et restait alité, après avoir appris la nouvelle de la mort de Kévork Tchavouch, se tourna vers le mur et n'adressa la parole à personne pendant trois jours. Mon père et nous les enfants sentions la souffrance de son âme."

Antranig connaissait, mieux que quiconque, Kévork et son courage illimité. Kévork était le symbole suprême du mouvement de libération arménien des forces armées. Combien de combattants, inspirés par le merveilleux exemple de Kévork, sont devenus fédayes et ont laissé un nom immortel dans l'histoire révolutionnaire arménienne.

Kévork, le front ceint de la couronne glorieuse de l'immortalité, était toujours présent dans l'âme du peuple de Daron et de Sassoun.

G. Sassouni - 28 mai 1967

Extrait de : http://ermeni.org/ermenice/gevorgchavush_bovandak.htm

Traduction Louise Kiffer

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Chanson populaire à la mémoire de Kévork Tchavouch

En l'an mille neuf cent sept
Un charmant vingt-sept mai, c'est l'anniversaire
De la mort de Kévork si actif
Le véritable et illustre héros de Sassoun

Les coeurs de ses dix braves ont palpité
Ils ont combattu sans trêve jusqu'au soir.
Mais la nuit, portant Kévork sur le dos
Ils sont sortis du village, fatigués et attristés.

Le héros mourant les a suppliés en route:
Laissez-moi tranquille, ne m'étouffez pas
Posez-moi ici, recouvrez-moi d'herbe,
Partez mes amis, partez en forme !

Transmettez mes adieux au peuple arménien
Mes derniers baisers à mon fils Vartkès.
Ses amis ont pleuré, se sont mis en rang,
Ils l'ont embrassé, et sont partis en groupe.

Il a regardé autour de lui, plus d'amis,
Ni champ de bataille, ni souffrances, ni chefs.
Il a déposé un baiser sur la terre de la patrie splendide
Et a fermé les yeux sous les étoiles.

Traduction Louise Kiffer

Quelques renseignements complémentaires par Me Haytoug Chamlian :

http://www.netarmenie.com/forum : rubrique > culture > Poème à la mémoire de Kévork Tchavouch