Anciennes coutumes arméniennes - Les fiançailles

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D'après Djanikian: "les Moeurs familiales des anciens Arméniens"

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"Jadis, quand un jeune homme avait atteint l'âge de 18 à 20 ans,, ses parents, ou à leur défaut son frère aîné songeaient à le marier. On recherchait de préférence une famille convenable et réputée honorable. Pour désigner que telle ou telle famille convenait ou ne convenait pas, on se disait: "Le lait est bon" ou "Le lait est mauvais" dans telle famille. Si le lait était déclaré bon, on entendait signifier que la jeune fille sur laquelle on jetait son dévolu était belle, saine de corps et d'esprit, de bonne éducation, et qu'elle aurait une jolie dot, en l'espèce un beau trousseau.

Après avoir arrêté leur choix sur une jeune fille, les parents du jeune homme informent leur fils qu'ils ont trouvé à leur goût Mademoiselle Une Telle. Si la proposition agrée au futur fiancé, les parents vont demander la main de la jeune fille. Jadis, on fiançait les jeune gens dès le berceau. Cet usage a peu à peu disparu, et de nos jours, on attache plus d'importance au consentement réciproque des jeunes époux.

A supposer que le jeune homme n'aie pas déjà vu en cachette la jeune fille, il la voyait, ce jour-là, théoriquement pour la première fois. On faisait alors au jeune homme des cadeaux, qui consistaient surtout en pièces d'or. Puis, ceci fait, on isolait les deux fiancés dans une pièce à part, où la fiancée restait quelques instants les yeux baissés.

     

Quelques temps après, le fiancé voyait de temps en temps sa fiancée, mais en cachette. Enfin, quand la chose est tout à fait décidée, les parents du jeune homme se rendent chez la jeune fille pour procéder à la cérémonie du "aghtchik déss" (la vision de la jeune fille) et lui font des cadeaux. Et, à leur tour, les parents de la jeune fille en font autant chez le jeune homme, en procédant à la cérémonie du "pessa déss" (la vision du fiancé).

Ces coutumes ont peu à peu disparu, à cause surtout des frais considérables qu'elles occasionnaient. Un usage, notamment consistait à envoyer une cassette pleine de pièces d'or et d'argent à la future fiancée, par l'entremise de jeunes filles amies de la famille, et qui, pour ce signalé service, étaient retenues pendant quelques jours chez la fiancée.

Quelque temps après, le père du jeune homme et celui de la jeune fille, accompagnés chacun d'un témoin choisi dans leur propre famille, se rendaient à la prélature. Après avoir dûment constaté que le mariage projeté était conforme à la généalogie, c'est-à-dire après avoir vérifié que les futurs époux ne sont pas parents jusqu'au septième degré, et que le tout est d'accord avec les Canons de l'Eglise, on enregistre le contrat, auquel prêtres et témoins apposent leur signature. Puis, on bénit la croix du "signe", c'est-à-dire des fiançailles, et on l'envoie chez la jeune fille, ainsi que l'autorisation du mariage.

A Akn, les parents du fiancé puis du nouveau marié étaient les plus honorés, à telles enseignes que la mère, les soeurs et les autres parents de la fiancée, considéraient comme un devoir de baiser la main de la mère et des parents du jeune marié. Ils étaient obligés de supporter les reproches que ces derniers pouvaient leur adresser. On faisait pendant quelque temps contre mauvaise fortune bon coeur, et l'on supportait momentanément ces usages, car dans le cas contraire, c'est la fiancée ou la jeune mariée qui en supporterait les fâcheuses conséquences et, en Arménie, comme ailleurs du reste, on ne plaisante pas avec la mauvaise humeur de la belle-mère.

Le baise main est un usage particulièrement odieux et insupportable pour la fiancée ou la jeune mariée qui doit baiser la main de toutes les personnes qui se présentent, soit chez ses parents, soit chez ses beaux parents, et ce, plusieurs fois par jour.

Tant qu'elle est fiancée ou jeune mariée,, elle doit se présenter à toute personne qui vient la voir, et la cérémonie, qui se renouvelle fréquemment, devient une véritable fatigue et une réelle obsession. Car la fiancée est lourdement vêtue, portant en outre sur la tête le voile dit purunk, qui est très lourd, teint de couleur rose et qui coûte très cher.

On fait entrer la fiancée dans une pièce de l'appartement, accompagnée d'une jeune mariée. Elle doit marcher si lentement que l'opération dure de 5 à 10 minutes. Quand enfin la fiancée a pénétré dans la pièce, elle se dirige encore plus lentement vers l'autre bout de la salle et s'arrête devant son beau-père. Elle s'incline très lentement, met un genou par terre et lui baise la main. Puis elle se relève, toujours très lentement, et continue, de la même façon, à baiser la main des autres personnes présentes. Ce baise main dure certainement plus d'une demi-heure.

Cette cérémonie terminée, la fiancée reste debout quelques instants, pour se reposer, et on lui enlève son purunk. On la conduit dans une autre pièce, d'où elle revient peu après, pour se montrer encore, jusqu'à ce que les invités et les convives aient la discrétion de se retirer.

Dans ces jours solennels, la fiancée doit garder le silence; elle ne doit ni boire ni manger. Elle n'a le droit de parler qu'une fois qu'elle est mariée; mais ces usages et ces coutumes, tendent, dit-on, à disparaître peu à peu. Enfin, elle va pouvoir se marier !

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Extrait d'une conférence de Frédéric Macler en 1930 en Hollande - adaptation Louise Kiffer