Une autre voie :
Le Centre Gurdjieff cherche à faire connaître
le philosophe arménien dans sa patrie

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Par Gayané Mkrtchyan

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Le Centre Gurdjieff est situé dans le village de Ohanavan, à 35 km au nord ouest d'Erévan. Bâti au bord d'une gorge, l'immeuble avec son potager, sa piscine, et ses aires de repos semble être une parcelle de civilisation au sein d'une nature sauvage.

On entend le bruit de la rivière Kasakh au fond de la gorge. Le monastère d'Ohanavank se dresse majestueusement sur la hauteur en face. Le Grand et le Petit Ararat complètent le tableau.

"L'immeuble n'est toujours pas fini. J'ai commencé la construction il y a 12 ans, avec mes propres deniers, mais maintenant je cherche des fonds pour le terminer", dit Margaret Gurdjieff, présidente de" Gurdjieff International", et membre de l'Académie des Sciences Naturelles de Russie.

"Mais cela ne m'empêche pas de traiter des patients ici. Ohanavan est riche d'un champ spécial d'énergie, qui aide une personne à retourner à ses racines. Ici, à n'importe quel endroit, la pensée humaine s'arrête un moment, et l'âme se met à parler."
Elle est la petite-fille du célèbre psychologue et penseur George Gurdjieff, fondateur de l'Institut du Développement Harmonique de l'Etre Humain. Elle dit qu'à Ohanavan, on est guidé par les mêmes principes sur lesquels s'est basé Gurdjieff à l'Institut qu'il a fondé à Avon en France (S et M - près de Fontainebleau) et qui fonctionne encore aujourd'hui.

"Les disciples de Gurdjieff étudiaient et vivaient avec lui. C'étaient aussi des gens avec une personnalité exacerbée et négative, spécialement engagés par Gurdjieff de façon à ce que la vie en commun, sous le même toit, crée une atmosphère tendue", se rappelle Margaret Gurdjieff.

"Naturellement, il y avait des conflits. C'est alors que le grand psychologue dit à ses étudiants: Faites attention quand vous vous disputez, n'arrêtez pas, continuez à observer ce que vous faites, et combien vous agissez machinalement. Il faut être fort et maîtriser consciemment ses émotions".

On travaille à Ohanavan de la même manière. Nombreux sont ceux qui se réunissent là et apprennent à maîtriser leurs émotions afin de pouvoir vivre leur vie plus facilement.

Margaret Gurdjieff reçoit aussi des patients de la clinique "Sourp Mariam Asdvadzadzin" (Sainte Marie Mère de Dieu) de Erévan. Il y a un an, elle a fondé l'ONG "Gurdjieff", qui compte plus de 50 membres, et son but, généralement est de restituer Gurdjieff et son enseignement à l'Arménie.

"L'Arménie devrait toujours pouvoir apprécier ses enfants. Il n'y a actuellement aucune école, aucun institut ni centre portant le nom de Gurdjieff aujourd'hui à Erévan. Il avait un talent que le monde admirait. Beaucoup de gens ne savaient même pas qu'il était arménien", dit Ruzanna Arzumanian, membre de l'ONG Gurdjieff.

"Ses livres ont été publiés à l'étranger, les gens le reconnaissaient, lisaient ses livres et ont commencé à appliquer ses méthodes. Les centres Gurdjieff fonctionnaient aux Etats Unis, en Europe, en Inde, au Tibet, en Turquie et en Scandinavie".

Margaret Gurdjieff est née et a été élevée à Samarkand. Sa famille fut l'une des nombreuses victimes des persécutions de Staline. Son père fut exilé uniquement parce qu'il portait le nom de Gurdjieff. Margaret dit que Gurdjieff avait été le conseiller de Staline, mais lorsqu'il y a eu des divergences entre eux, il partit pour l'étranger, et le régime commença à exiler toute la famille de Gurdjieff.

"Je me rappelle comment ma grand'mère mon montrait quelquefois en secret des manuscrits, sans me dire qui en était l'auteur. La théorie de Gurdjieff enseigne à une personne d'être indépendante et libre, naturellement cela n'était pas admissible en Union Soviétique. J'ai appris tout cela seulement en 1997, quand je me suis familiarisée avec la théorie de Gurdjieff et que j'ai commencé à l'étudier. Tout cela me semblait si proche et si familier".

Les idées de Gurdjieff, exprimées dans ses ouvrages philosophiques, musicaux et littéraires, sont appréciées par des personnes qui disent avoir gagné en fin de compte leur confiance en soi. Il est considéré comme le fondateur de ce qu'on appelle la Quatrième Voie.

Margaret explique qu'il y a trois directions dans le développement humain : le mental (monk), le physique (Khakira) et Yogina, dans lequel sont unis le physique et le spirituel. Ces trois directions se développent hors de la société. La quatrième, prédit Gurdjieff, se développera à l'intérieur de la société, harmonisant la sagesse de l'Orient et l'énergie de l'Occident.

Cependant, Margaret a développé sa propre théorie, l'ajoutant à l'enseignement de Gurdjieff, et l'appliquant dans son travail. Elle explique: "Il y a trois centres dans l'homme - intellectuel, physique, émotionnel. L'homme est complet quand ces trois centres sont en harmonie."

"Les conditions à Ohanavan permettent aux patients d'utiliser ces trois centres en même temps. Ils travaillent ensemble, étudient un langage, mais quand ils commencent à se quereller, je dis qu'ils sont devenus des marionnettes mécaniques, et la méthode de Gurdjieff leur enseigne à veiller à ne pas être des machines".

La Quatrième Voie enseigne à une personne de gérer consciemment ces trois centres. Il faut s'éveiller et regarder l'environnement avec le regard de sa propre âme. On doit développer et enrichir son âme.

"Dans mon travail, j'emploie plusieurs techniques. D'abord je dirige quatre séances individuelles qui mènent une personne jusqu'à un certain état conscient. Après la quatrième, elle fait un rêve", dit Margaret, psychologue.

Quand elle me décrit son rêve, j'en tire l'information mentale qui révèle la cause du stress. Une personne voit ses problèmes personnels dans son rêve. Toute l'information sur une personne est contenue dans son subconscient, et après la quatrième séance, le subconscient délivre son information".

Elle compare cela à une enquête. Gurdjieff lui-même avait l'habitude de dire que notre conscience est notre subconscient. Révélant la cause, on l'élimine, dirigeant simultanément des séances psychologiques au cours desquelles on enseigne à une personne comment préserver sa propre énergie, et la donner aux autres.

Margaret Gurdjieff dit qu'elle aide les gens à vivre plus sincèrement, en leur retournant leur propre ego.

"La Quatrième Voie de Gurdjieff est particulièrement nécessaire dans des pays qui sont en transition. La théorie enseigne à l'homme à se préparer aux conditions de vie sociale les plus extrêmes".

Elle dirige les séances en les accompagnant de musique composée par Gurdjieff pour ce but. L'un de ses patients, qui ne voulait pas être identifié, dit: "Cette musique semble avoir nettoyé mon âme. J'ai senti mon âme se séparer de mon corps, s'élancer en toute liberté, et revenir en moi enrichie et plus viable. Après toutes ces séances, je suis devenu plus équilibré, plus en harmonie avec le cosmos et avec moi-même".

Margaret dit qu'un homme doit s'accepter comme il est, être franc avec lui-même et non pas jouer la comédie. Chacun doit comprendre qui il est. Quand il accepte même le mal qui est en lui, il est déjà bon.

Elle dit toujours à ses patients: "avant d'aller au lit, analysez votre journée depuis le commencement, et repérez quand vous avez été une machine, et quand vous avez été vous-même".

Le 125ème anniversaire de la naissance de Gurdjieff a été célébré cette année, et Margaret a invité tous ceux qui voulaient y participer à se joindre à cette commémoration en octobre. Une table ronde dédiée à sa vie et à ses activités fut récemment organisée à l'Université américaine d'Arménie.

Au mois d'août, Margaret s'est rendue à L'Institut du Développement Humain Harmonique d'Avon, et a établi des relations. Ses collègues français lui ont rendu visite à leur tour à Ohanavan et démontré l'un des enseignements de Gurdjieff par des danses rythmiques.

Margaret dit: "Tout ce qui arrive à une personne, bon ou mauvais, doit être accepté d'une manière consciente. Le travail réel avec une personne commence par la maîtrise de soi. On doit pouvoir admettre ses erreurs et travailler contre elles.

"Dans ce cas-là, les événements indésirables de la vie ne seront pas acceptés si facilement, et ne nous ôteront pas nos forces. Commencez avec vous-même".

Gurdjieff a dit: "Il y a deux choses illimitées sur terre: la sottise humaine et la miséricorde de Dieu".

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Traduction Louise Kiffer

Source : http://www.armenianow.com/archive/2005/eng/?go=print&id=1073